samira
27/05/2008, 18h56
Comment l'Algérie passa d'un empire à une nation Par Yves Harté
http://memorix.sdv.fr/0/default/empty.gif (http://memorix.sdv.fr/5c/www.sudouest.com/lire/1656564413/Position1/default/empty.gif/34653935356164333438313362643230)
http://www.sudouest.com/270508/images/260508/m/5170971.jpg (http://javascript%3Cb%3E%3C/b%3E:openWindowPhoto%28%27/270508/images/260508/l/5170971.jpg%27,"",""%29;)
Plus d'un siècle et demi en 300 pages. Et quel siècle ! Celui d'une Algérie « algérienne » depuis le débarquement à Sidi Ferruch en 1830 du corps expéditionnaire français jusqu'à aujourd'hui, en passant par l'exode dramatique des pieds-noirs. C'est pourtant dans cet espace imparti que Jean Lacouture met formidablement en lumière, avec une précision d'historien et un enthousiasme de témoin, les convulsions de cette terre et l'ambiguïté de ses rapports avec la France.
Jean Lacouture ne s'est pas simplement arrêté à la fin de la présence coloniale. Il a prolongé son livre bien au-delà, en scrutant la récente actualité. Mais en donnant une grille de lecture et en proposant une lecture apaisée de ce qu'il perçoit du XIXe siècle, de ce qu'il a connu au milieu du siècle dernier et de ce qui en découle encore en 2008. En scrupuleux connaisseur, mi-enquêteur, mi-passionné, il est allé chercher les origines d'une fondation. Sans revenir à Jugurtha, en se débarrassant du prêt-à-penser, il a mis l'accent - ce qui rend ce livre tout à fait passionnant - sur la schizophrénie originelle de cette Algérie moderne. Déjà construite avant une invasion mais modelée par cette dernière. Multiple dans ces aspirations et réunie par son envahisseur. Et surtout combien tout un pays a pu trouver dans la noble figure d'Abd el-Kader, premier résistant à la puissance coloniale - laquelle ignorait dans quelle aventure elle se lançait - l'icône nécessaire à la construction d'une épopée à défaut de disposer d'une claire vision d'une nation préexistante.
Naissance du FLN. De la même façon, l'historien eut le privilège en tant que jeune journaliste de voir, au Caire, naître le Front de libération nationale avec ses jeunes conjurés. On peut mieux comprendre alors combien le Lacouture d'aujourd'hui est à même de rappeler que dans la lutte pour l'indépendance convergèrent des influences dissemblables mais essentielles : celle prophétique de Ferhat Abbas, sombres et déterminées de Messali Hadj ou de Ben Badis. Et combien le biographe de De Gaulle est à son aise pour éclairer le secret processus qui conduit l'homme du 18 Juin et le thuriféraire de l'Empire à aller jusqu'aux accords d'Évian.
En revanche, nous serions curieux de savoir comment un tel livre, plein d'empathie pour l'Algérie, tellement peu suspect de nostalgie française sans en omettre le rôle fondateur, pourra être reçu de l'autre côté de la Méditerranée. Car ce que dit Jean Lacouture, et comme le pressentait Jacques Berque, est combien les destins de deux pays devinrent étrangement et pour longtemps mêlés. Et qu'au-delà des conflits, des gouvernants et des guerres, la vie rapproche ceux que le feu a désunis.
Jean Lacouture. « L'Algérie algérienne ».
Préface de Jean Daniel. Ed. Gallimard. 340 pages. 21 euros.
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Plus d'un siècle et demi en 300 pages. Et quel siècle ! Celui d'une Algérie « algérienne » depuis le débarquement à Sidi Ferruch en 1830 du corps expéditionnaire français jusqu'à aujourd'hui, en passant par l'exode dramatique des pieds-noirs. C'est pourtant dans cet espace imparti que Jean Lacouture met formidablement en lumière, avec une précision d'historien et un enthousiasme de témoin, les convulsions de cette terre et l'ambiguïté de ses rapports avec la France.
Jean Lacouture ne s'est pas simplement arrêté à la fin de la présence coloniale. Il a prolongé son livre bien au-delà, en scrutant la récente actualité. Mais en donnant une grille de lecture et en proposant une lecture apaisée de ce qu'il perçoit du XIXe siècle, de ce qu'il a connu au milieu du siècle dernier et de ce qui en découle encore en 2008. En scrupuleux connaisseur, mi-enquêteur, mi-passionné, il est allé chercher les origines d'une fondation. Sans revenir à Jugurtha, en se débarrassant du prêt-à-penser, il a mis l'accent - ce qui rend ce livre tout à fait passionnant - sur la schizophrénie originelle de cette Algérie moderne. Déjà construite avant une invasion mais modelée par cette dernière. Multiple dans ces aspirations et réunie par son envahisseur. Et surtout combien tout un pays a pu trouver dans la noble figure d'Abd el-Kader, premier résistant à la puissance coloniale - laquelle ignorait dans quelle aventure elle se lançait - l'icône nécessaire à la construction d'une épopée à défaut de disposer d'une claire vision d'une nation préexistante.
Naissance du FLN. De la même façon, l'historien eut le privilège en tant que jeune journaliste de voir, au Caire, naître le Front de libération nationale avec ses jeunes conjurés. On peut mieux comprendre alors combien le Lacouture d'aujourd'hui est à même de rappeler que dans la lutte pour l'indépendance convergèrent des influences dissemblables mais essentielles : celle prophétique de Ferhat Abbas, sombres et déterminées de Messali Hadj ou de Ben Badis. Et combien le biographe de De Gaulle est à son aise pour éclairer le secret processus qui conduit l'homme du 18 Juin et le thuriféraire de l'Empire à aller jusqu'aux accords d'Évian.
En revanche, nous serions curieux de savoir comment un tel livre, plein d'empathie pour l'Algérie, tellement peu suspect de nostalgie française sans en omettre le rôle fondateur, pourra être reçu de l'autre côté de la Méditerranée. Car ce que dit Jean Lacouture, et comme le pressentait Jacques Berque, est combien les destins de deux pays devinrent étrangement et pour longtemps mêlés. Et qu'au-delà des conflits, des gouvernants et des guerres, la vie rapproche ceux que le feu a désunis.
Jean Lacouture. « L'Algérie algérienne ».
Préface de Jean Daniel. Ed. Gallimard. 340 pages. 21 euros.