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Libre08
19/06/2008, 23h28
mercredi 18 juin 2008, par Alain Gresh

L’Express consacre sa Une (12-18 juin) à « Islam, les vérités qui dérangent, avec trois sous-titres, « Le Coran et la violence », « Le sort des femmes », « La modernité impossible? »

L’éditorial de Christophe Barbier, le directeur de la rédaction, « Islam : le temps de la Réforme » n’est pas disponible sur le site de L’Express. Je l’ai reproduit intégralement car il mérite une analyse de texte. J’ai mis en italique l’éditorial, en caractères normaux mes commentaires.

Ch. Barbier : « Liberté, égalité et fraternité sont les piliers de la République, qui reposent tous trois sur le même socle : la tolérance. Sans elle, rien n’est possible, et le mot République sonne creux, qui peut même être le faux nez de la dictature. C’est la tolérance, fille des Lumières, qui a guéri la France des guerres civiles et religieuses, puis renvoyé au rebut le pilori et le plomb fondu, et enfermé dans les dictionnaires le vocable d’hérétique. Si l’affaire du mariage annulé à Lille sous prétexte que l’épouse n’était pas vierge, suscite un tel malaise, un véritable haut-le-coeur républicain, c’est, justement, parce que l’esprit de tolérance est atteint. Qu’une femme soit ainsi chassée de la chambre nuptiale pour cause d’hymen absent, et c’est le Moyen Age qui revient dans un cliquetis de ceinture de chasteté ! Inacceptable. »

On pourrait longuement débattre du rapport entre la tolérance et les trois principes de la République. Mais mon propos essaiera d’être plus concret, notamment à propos de l’affaire du mariage annulé. On peut considérer, comme moi, que la défense de la virginité (défense que professent toutes les religions) est réactionnaire. Et que chasser une femme de la chambre nuptiale pour cause d’hymen absent est stupide et injuste. Mais si, pour un couple donné (catholique ou musulman), la virginité est importante, ce n’est pas à moi (ni au gouvernement) d’intervenir ; d’ailleurs nous serions bien incapables de le faire concrètement. Sommes-nous présents lorsque s’échangent des promesses ? Et si le divorce avait été prononcé (plutôt que l’annulation par le tribunal), serions-nous dans un autre cas de figure que « la femme chassée de la chambre nuptiale pour cause d’hymen absent » ?

Voici quelques extraits de la déclaration de la dame devant le tribunal

— M. le juge : Êtez-vous consciente Madame X, d’avoir causé un préjudice à M. X, en mentant ?
— Mme X : Oui M. le président, c’est parce que je l’aimais et que je ne voulais pas le perdre.
— M. le juge : Pourquoi ne pas avoir dit la vérité dès le début ?
— Mme X : J’avais honte de dire la vérité sous la pression familiale en espérant que mon mari allait me pardonner parce qu’il a attendu longtemps…et moi aussi.
— M. le juge : Vous n’avez pas attendu aussi longtemps que lui madame.
— Mme X : Si, depuis que je l’ai connu…..il y a deux ans.
— M. le juge : Donc vous ne vous opposez pas à la demande d’annulation ?
— Mme X. : Non, parce que je suis fautive et compte tenu de ma promesse, je ne pourrais pas vivre avec ça.

On peut regretter cette manière de penser. Mais, encore une fois, qui légiférera sur tant de questions intimes. Demanderons-nous, par exemple, que, pour que le couple soit vraiment solide, que les deux partenaires aient eu des relations sexuelles avant, dans la mesure où on peut penser que c’est une garantie d’expérience et du fait qu’ils prendront leur décision en toute connaissance de cause ?

Ch. Barbier : « Pour que la tolérance, qui est aussi le modèle de l’intégration, joue son rôle, il faut aujourd’hui que l’islam chemine vers la République, plus vite et plus franchement qu’il ne le fait. L’Etat doit, certes, en défendre les fidèles contre tout ostracisme et protéger la construction des lieux de culte. Mais c’est à cette religion, aujourd’hui, d’abjurer les archaïsmes les plus flagrants de son dogme, de condamner non seulement ses intégristes, ce qu’elle fait sans ambiguïté depuis le 11 septembre 2001, mais également les plus rigides de ses docteurs de la foi. L’islam de France doit comprendre que l’on ne peut être musulman dans un pays qui ne l’est pas comme s’il l’était ou comme s’il allait le devenir ; et encore moins comme s’il s’agissait de convertir ce pays. Or c’est bien de cela qu’il s’agit : dans les mots et les comportements de ses imams et de ses fidèles, il faut réguler le prosélytisme de l’islam. »

Il faut donc que les musulmans abjurent les « archaïsmes » de leur religion : mais qu’est-ce qu’un archaïsme ? Est-ce que le dogme chrétien de la Sainte trinité est un archaïsme ? Est que le refus de manger du porc est un archaïsme ? Est-ce vraiment à la République de définir ce qui est un archaïsme dans chaque religion ?

L’islam doit condamner non seulement le terrorisme mais les plus rigides de ses docteurs de la foi. Là aussi, a-t-on jamais demandé à la hiérarchie catholique de se débarrasser des intégristes catholiques ou aux juifs de condamner les loubavitch ? Là aussi est-ce le rôle de la République ? Lors de la constitution du Conseil français du culte musulman, le ministre de l’intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy avait demandé que l’on élise de nombreuses femmes en son sein. Combien y-a-t-il de femmes dans l’assemblée des Evêques de France ? ou au Consistoire juif ?

La seule chose que la République peut demander à un culte, c’est de respecter la loi. Après 1905, la République a tout à fait toléré que l’Eglise catholique rejette la laïcité pendant quarante ans, sans faire de l’acceptation de celle-ci une condition du dialogue.

Et que signifie réguler le prosélytisme ? Toute religion fait de la propagande pour sa foi. Dans quelle mesure faut-il le réguler ? La commission Stasi avait décidé d’interdire le port des signes religieux et politiques à l’intérieur des écoles supposés devoir rester à l’abri des polémiques. Finalement, le port des signes politiques n’a pas été interdit.

Ch. Barbier : « Que demande la République, en fait, à l’islam de France ? Le respect d’un cahier des charges. Que le Coran ne soit plus le mode d’emploi de la vie en société, mais un guide pour l’existence spirituelle des individus. Que la loi républicaine passe avant la règle islamique et avant la tradition. Que les musulmans, comme les autres croyants, abandonnent leur religion au seuil des maisons communes : écoles, mairies, administrateurs, hôpitaux... Il faut enfin que l’islam de France joue le jeu du “clergé” dont le pouvoir politique l’a doté avec le Conseil français du culte musulman (CFCM). Au lieu d’importer dans l’Hexagone les rapports de force géopolitiques, ou de refléter les communautarismes nés de l’immigration, le CFCM doit assumer l’encadrement de la piété, dans ses manifestations et ses exégèses. »

Que signifie abandonner sa religion au seuil des maisons communes ? Le propos est flou. D’abord qu’est-ce que les maisons communes ? Pourquoi doit-on abandonner sa religion aux portes d’une mairie ? Barbier veut sans doute dire un signe distinctif religieux. Mais on n’a jamais demandé aux juifs d’enlever leur kipa quand ils entraient dans une mairie, ni à un curé intégriste d’enlever sa soutane. Très longtemps a siégé à l’Assemblée nationale le député de Dijon, le chanoine Kir, qui venait aux sessions en habit religieux, cela ne choquait personne.

Quant au CFCM, parlons-en. Tout le monde sait que les associations les plus influentes sont sous la coupe d’Etats étrangers, avec la bénédiction des ministres de la République. Pendant des années, sa direction a été sous-traitée à la Mosquée de Paris, c’est-à-dire à l’Algérie. Depuis les élections de mai dernier, le CFCM est sous la coupe d’une organisation dont tout le monde connaît les liens avec le Palais marocain. Les propos sur un islam français sont contredits par les actes de nos dirigeants.

Ch. Barbier : « Dans ce défi de la modernité, la République demande à l’islam de vivre à la fois 1789, quand l’esprit des Lumières saisit la nation, 1806, quand Napoléon organise le culte juif, et 1905, quand la laïcité trace les justes frontières du vivre ensemble. Est-ce une révolution ? Non, c’est une Réforme. Il s’agit d’inventer un islam “gallican”, authentique dans sa foi, intégré dans ses pratiques. Alors, tout musulman pourra sans gêne citer Voltaire, Victor Hugo et Anatole France, en plus de Mahomet. »

En conclusion, toute tentative du pouvoir politique de réformer une religion est non seulement absurde mais profondément contraire aux principes de la laïcité. L’Etat n’a rien à dire sur les dogmes, même archaïques. Il doit veiller seulement au respect de la loi. Et accepter même que certains se battent pour modifier ces lois. La République n’a interdit ni les mouvement royalistes, qui rêvent de sa fin, ni l’Eglise catholique qui milite pour l’interdiction de l’avortement.

EL MOKRANI
29/06/2008, 20h58
Eh oui on demande beaucoup à l'islam dans certains milieux (comme l'Express, mais il n'est pas le seul),c'est dommage qu'on n'ait pas eu ce méme souci avec la contre Révolution obscurantiste afghanne (rappelez vous BHL en tenue de ceux qui allaient devenir les talibans,le méme maintenant,tape sur l'islam avec la somalienne menteuse). C'est à nous véritablement Musulmans de monter au créneau et de défendre l'islam traditionnel Algérien qui est TOLERANCE.