Libre08
20/06/2008, 23h46
Baptisé Samir Kassir's Eyes (Les yeux de Samir Kassir), un nouveau centre régional de défense de la liberté de la presse a été lancé, à Beyrouth, mi-juin par la Fondation Samir Kassir. Inauguré trois ans après l'assassinat du chroniqueur libanais dont il porte le nom, ce centre agira dans un premier temps au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine avant d'élargir son champ d'action au-delà du Levant.
« Notre but est de mettre en place une institution arabe indépendante qui défend les droits des journalistes dans la région », a confié le journaliste et écrivain Elias Khoury, un ami de Samir Kassir et membre de sa fondation.
Il prépare depuis sept mois le lancement de SK Eyes. « La première étape du travail a consisté à mettre en place une banque de données incluant l'histoire du journalisme au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine y compris l'historique des violations des libertés et des procès contre la presse », a-t-il confié à APN.
La base de données propose également un inventaire des associations civiles sur le terrain qui pourraient oeuvrer ultérieurement avec l'observatoire, ainsi que les textes de loi (et les lacunes) relatifs à la presse et aux médias dans ces quatre pays du Mashrek.
SK Eyes s'est fixé pour mission de protéger les journalistes victimes d'oppression, en les hébergeant si nécessaire, et en leur offrant une assistance juridique. Il planchera également sur la réforme des lois relatives à la presse écrite et aux médias.
L'observatoire agira dans le monde arabe à l'instar de l'organisation Reporters Sans Frontières. D'ailleurs, cette dernière a apporté son soutien à sa création en organisant voici quelques mois un séminaire préparatif destiné aux chercheurs et aux journalistes qui y travailleront. Ifex (Echange international de la liberté d'expression) fait également partie des organimes de défense de la liberté d'expression sollicités par cet observatoire.
« Ce séminaire a été l'occasion d'un brainstorming au cours duquel nous avons évalué les besoins de la région. Les tables rondes, ayant rassemblé des journalistes et des intellectuels de plusieurs pays de la zone, ont porté sur les blogueurs dans le monde arabe, les moyens de défendre la liberté de la presse et de lutter contre la censure », souligne Khoury.
En matière de défense des journalistes, l'action de l'observatoire s'articulera en plusieurs volets. Des campagnes publicitaires, des manifestations pacifiques et des pétitions figurent parmi les méthodes qui seront employées. « L'observatoire fera pression sur les forces politiques présentes, informera ses contacts internationaux des exactions, et engagera des avocats pour défendre les journalistes arrêtés. Si un danger physique pèse sur un journaliste, SK Eyes lui proposera un hébergement », a affirmé Khoury.
« Nous créerons l'atmosphère adéquate pour montrer que l'oppression des journalistes ne passera plus sous silence. Nous dirons aux régimes arabes qu'ils ne pourront plus opprimer la presse en toute impunité afin de les dissuader de recourir à l'oppression et à la violence», a-t-il poursuivi.
Pas de journalistes libres sans société libre
Est-il si facile de changer les habitudes des régimes politiques dans une région où l'on n'hésite pas à harceler voire éliminer physiquement les journalistes ?
« Le plus important est que nous nous acquittions de notre devoir qui consiste à défendre la liberté de la presse. Il est primordial que nous mettions en place un centre arabe pour la défense des libertés médiatiques et culturelles dans la région et non de compter sur les étrangers pour nous défendre. Il faut que nous soyons responsables de nos propres causes. Certes, les régimes arabes n'arrêteront pas les pressions qu'ils exercent sur les journalistes. La liberté de la presse découle d'une société libre, si la société ne l'est pas, ses journalistes ne le seront pas non plus », a répondu Khoury.
« Si le monde arabe est une jungle, il faut que nous luttions pour arrêter de vivre dans cette jungle et faire prévaloir la loi. Il faut donc oeuvrer pour changer les choses », souligne-t-il.
Le financement du centre est partiellement assuré par la Fondation pour l'avenir qui oeuvre pour le soutien de la démocratie et les droits de l'homme au Moyen Orient et en Afrique du Nord.
Nabila Hamza, la présidente de cette institution ayant son siège en Jordanie, a confié à APN que l'association qu'elle représente a choisi de financer SK Eyes « parce que l'activité de l'observatoire relève de notre champ d'action. L'un de nos axes de travail les plus importants est de soutenir la liberté d'expression et la liberté de la presse au Moyen Orient et en Afrique du Nord.»
« Nous considérons que la presse est un indicateur important qui permet de mesurer le degré de liberté et de démocratie dans un pays. Il y a un besoin urgent de soutenir ceux qui luttent pour la liberté d'expression dans le monde arabe », a-t-elle ajouté.
L'observatoire, qui ouvrira ses portes dans un mois, devrait employer une dizaine de personnes. SK Eyes devrait couvrir l'ensemble du monde arabe mais dans un premier temps il se penchera sur la situation de la liberté de la presse au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine.
Interrogé sur les situations spécifiques de chaque pays, Khoury souligne qu'en « Syrie il n'existe pas de liberté d'expression et les intellectuels et les journalistes sont emprisonnés ».
En Jordanie, il estime que c'est la loi sur les médias et la presse écrite qui est problèmatique. En effet, les journalistes sont parfois jugés en vertu du code pénal et non de la loi sur les publications.
Licences au prix fort
En ce qui concerne le Liban, Khouri pense que les obstacles sont divers et vont de l'organisation du métier, à la loi sur l'audiovisuel qui a fait des médias des « instruments de propagande et de publicité pour une communauté religieuse ou d'un parti politique donné » en passant par le monopole des licences des journaux.
Effectivement, l'Etat libanais n'accorde plus de nouvelles licences. Pour lancer une publication, il faut réactiver une vieille licence en l'achetant au prix fort. « Cela rend très difficile la création de nouveaux titres car il faut compter au moins 500 000 dollars américains pour acheter une ancienne licence », explique Khoury, ajoutant que l'un des dangers principaux au Liban est « la menace physique qui pèse sur les journalistes ».
Enfin, dans les territoires palestiniens, les défis sont de plusieurs ordres : main mise des forces politiques sur les publications, inexistence de la presse indépendante et la répression israélienne.
Patricia Khoder
« Notre but est de mettre en place une institution arabe indépendante qui défend les droits des journalistes dans la région », a confié le journaliste et écrivain Elias Khoury, un ami de Samir Kassir et membre de sa fondation.
Il prépare depuis sept mois le lancement de SK Eyes. « La première étape du travail a consisté à mettre en place une banque de données incluant l'histoire du journalisme au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine y compris l'historique des violations des libertés et des procès contre la presse », a-t-il confié à APN.
La base de données propose également un inventaire des associations civiles sur le terrain qui pourraient oeuvrer ultérieurement avec l'observatoire, ainsi que les textes de loi (et les lacunes) relatifs à la presse et aux médias dans ces quatre pays du Mashrek.
SK Eyes s'est fixé pour mission de protéger les journalistes victimes d'oppression, en les hébergeant si nécessaire, et en leur offrant une assistance juridique. Il planchera également sur la réforme des lois relatives à la presse écrite et aux médias.
L'observatoire agira dans le monde arabe à l'instar de l'organisation Reporters Sans Frontières. D'ailleurs, cette dernière a apporté son soutien à sa création en organisant voici quelques mois un séminaire préparatif destiné aux chercheurs et aux journalistes qui y travailleront. Ifex (Echange international de la liberté d'expression) fait également partie des organimes de défense de la liberté d'expression sollicités par cet observatoire.
« Ce séminaire a été l'occasion d'un brainstorming au cours duquel nous avons évalué les besoins de la région. Les tables rondes, ayant rassemblé des journalistes et des intellectuels de plusieurs pays de la zone, ont porté sur les blogueurs dans le monde arabe, les moyens de défendre la liberté de la presse et de lutter contre la censure », souligne Khoury.
En matière de défense des journalistes, l'action de l'observatoire s'articulera en plusieurs volets. Des campagnes publicitaires, des manifestations pacifiques et des pétitions figurent parmi les méthodes qui seront employées. « L'observatoire fera pression sur les forces politiques présentes, informera ses contacts internationaux des exactions, et engagera des avocats pour défendre les journalistes arrêtés. Si un danger physique pèse sur un journaliste, SK Eyes lui proposera un hébergement », a affirmé Khoury.
« Nous créerons l'atmosphère adéquate pour montrer que l'oppression des journalistes ne passera plus sous silence. Nous dirons aux régimes arabes qu'ils ne pourront plus opprimer la presse en toute impunité afin de les dissuader de recourir à l'oppression et à la violence», a-t-il poursuivi.
Pas de journalistes libres sans société libre
Est-il si facile de changer les habitudes des régimes politiques dans une région où l'on n'hésite pas à harceler voire éliminer physiquement les journalistes ?
« Le plus important est que nous nous acquittions de notre devoir qui consiste à défendre la liberté de la presse. Il est primordial que nous mettions en place un centre arabe pour la défense des libertés médiatiques et culturelles dans la région et non de compter sur les étrangers pour nous défendre. Il faut que nous soyons responsables de nos propres causes. Certes, les régimes arabes n'arrêteront pas les pressions qu'ils exercent sur les journalistes. La liberté de la presse découle d'une société libre, si la société ne l'est pas, ses journalistes ne le seront pas non plus », a répondu Khoury.
« Si le monde arabe est une jungle, il faut que nous luttions pour arrêter de vivre dans cette jungle et faire prévaloir la loi. Il faut donc oeuvrer pour changer les choses », souligne-t-il.
Le financement du centre est partiellement assuré par la Fondation pour l'avenir qui oeuvre pour le soutien de la démocratie et les droits de l'homme au Moyen Orient et en Afrique du Nord.
Nabila Hamza, la présidente de cette institution ayant son siège en Jordanie, a confié à APN que l'association qu'elle représente a choisi de financer SK Eyes « parce que l'activité de l'observatoire relève de notre champ d'action. L'un de nos axes de travail les plus importants est de soutenir la liberté d'expression et la liberté de la presse au Moyen Orient et en Afrique du Nord.»
« Nous considérons que la presse est un indicateur important qui permet de mesurer le degré de liberté et de démocratie dans un pays. Il y a un besoin urgent de soutenir ceux qui luttent pour la liberté d'expression dans le monde arabe », a-t-elle ajouté.
L'observatoire, qui ouvrira ses portes dans un mois, devrait employer une dizaine de personnes. SK Eyes devrait couvrir l'ensemble du monde arabe mais dans un premier temps il se penchera sur la situation de la liberté de la presse au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine.
Interrogé sur les situations spécifiques de chaque pays, Khoury souligne qu'en « Syrie il n'existe pas de liberté d'expression et les intellectuels et les journalistes sont emprisonnés ».
En Jordanie, il estime que c'est la loi sur les médias et la presse écrite qui est problèmatique. En effet, les journalistes sont parfois jugés en vertu du code pénal et non de la loi sur les publications.
Licences au prix fort
En ce qui concerne le Liban, Khouri pense que les obstacles sont divers et vont de l'organisation du métier, à la loi sur l'audiovisuel qui a fait des médias des « instruments de propagande et de publicité pour une communauté religieuse ou d'un parti politique donné » en passant par le monopole des licences des journaux.
Effectivement, l'Etat libanais n'accorde plus de nouvelles licences. Pour lancer une publication, il faut réactiver une vieille licence en l'achetant au prix fort. « Cela rend très difficile la création de nouveaux titres car il faut compter au moins 500 000 dollars américains pour acheter une ancienne licence », explique Khoury, ajoutant que l'un des dangers principaux au Liban est « la menace physique qui pèse sur les journalistes ».
Enfin, dans les territoires palestiniens, les défis sont de plusieurs ordres : main mise des forces politiques sur les publications, inexistence de la presse indépendante et la répression israélienne.
Patricia Khoder