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Voir la version complète : Caricatures arabes : Naji Ali


Libre08
28/06/2008, 14h10
Si l'on a beaucoup parlé dans les médias européens, fin 2005-début 2006, de caricatures, d'islam et de monde arabe, à l'occasion de ce qui allait devenir "l'affaire des caricatures de Mahomet", on y a rarement évoqué le fait que la presse arabe possède une riche tradition dans ce domaine. Presque aussi ancienne que la presse arabe puisque les premiers journaux satiriques - tel le célèbre Abu Nadhara (أبو نظارة) de James Sanua (يعقوب صنوع) - furent publiés dès le dernier quart du XIXe siècle.


Bien loin d'être maudits, les dessinateurs de presse développent souvent une relation privilégiée avec le public. On se souvient ainsi dans le monde arabe, vingt ans plus tard, de la disparition de Naji Ali (ناجى العلى) tué à Londres. Ses assassins courent toujours en dépit de rumeurs qui évoquent des règlements de compte fratricides contre cette voix si libre, et trop peu respectueuse des représentants officiels du peuple palestinien. A Ramallah, le festival international de musique et de danse s'est ainsi terminé en juillet dernier par une chorégraphie inspirée de quelques-uns de ses dessins. Non loin de là, dans le petit village de Safa (4000 habitants), une torche à la mémoire de l'artiste a été allumée devant l'exposition organisée par le Centre Handhala pour l'art populaire (مركز حنظلة للفن الشعبي)...

Il y a quelques années, une statue avait été élevée à sa mémoire, non pas en Palestine (où un arbre a malgré tout été planté à sa mémoire dans son ancien village) mais au Liban, dans le camp de 'Aïn Helwé (عين الحلوة) à la périphérie de Saïda. Démoli une première fois, le monument a été remplacé avant d'être à nouveau détruit... Né en Palestine en 1936 (la date varie selon les biographies) tout à côté de Nazareth, Naji Ali s'était en effet réfugié au Liban avec sa famille en 1948. Sa vie professionnelle commença en même temps que son engagement politique dans la presse beyrouthine au début des années 1960, puis au Koweït où il poursuivit une collaboration entamée avec l'écrivain palestinien Ghassan Kanafani, un des premiers à remarquer le talent de ce jeune dessinateur engagé.

C'est après son retour au Liban et avec ses dessins pour le quotidien Al-Safir vers le milieu des années 1970 que débuta la "grande période" de ce caricaturiste prolifique (40 000 dessins !) qui, lors de son assassinat, travaillait pour Al-Qabas al-duwali, un journal koweïtien installé à Londres durant les années 1980, période où la capitale britannique a vu l'installation de plusieurs quotidiens internationaux (Al-Sharq al-awsat, Al-Hayat, Al-Quds al-'arabî...) et qui annonçait en réalité la compétition entre les grandes chaînes satellitaires à partir des années 1990...

Dans le monde arabe, Naji Ali est à la fois LE caricaturiste et le modèle d'une certaine figure intellectuelle, celle du nationaliste arabe de gauche, dominante à son époque, aujourd'hui en passe d'être supplantée et/ou remplacée par d'autres. A l'image de Che Guevara, sa mort en "martyr" sur le pavé londonien en fait même une sorte d'icône, par le biais de "Handhala", un personnage leitmotiv de ses dessins, que l'on retrouve sur toutes sortes de supports (comme ces tee-shirts de rappeurs palestiniens).

Handhala (حنظلة), c'est le nom de la coloquinte et celui du petit garçon au "crâne d'oeuf - en français comme en arabe, ce fruit sauvage peut faire allusion, dans certaines expressions, à la forme de la tête - qui regarde fixement, bras croisés dans le dos, l'amère réalité du monde. Apparu en 1969, il ne quittera plus l'oeuvre de Naji Ali. Mais la coloquinte est avant tout le symbole de l'amertume (selon une expression que l'on retrouve dans différents hadiths - dits prophétiques - célèbres). Une amertume douce-amère que l'on retrouve dans le regard que Naji Ali jetait sur l'actualité palestinienne, libanaise et arabe, celui d'une génération de Palestiniens jetée sur les routes de l'exil en 48, d'une génération arabe flouée de ses rêves nationalistes...