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Voir la version complète : Red Bull à la taurine


Libre08
15/07/2008, 21h26
La France commercialise à partir de mardi le Red Bull, fameuse petite canette bleue et grise bien connue des adeptes de boîte de nuit. Rien de nouveau, diront beaucoup. Car les "teufeurs" pouvaient déjà consommer depuis avril cette boisson dite "énergisante". Sauf que celle-ci ne contenait pas encore de "taurine", censée donner des ailes et qui a fait le succès de ce breuvage à travers l'Europe. Or, cet acide aminé ne fait pas l'unanimité.

L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a rendu quatre avis négatifs sur la commercialisation de la boisson. Une canette de Red Bull est bourrée de caféine, de D-glucuronolactone (du sucre) et surtout... de taurine. Les deux canettes quotidiennes préconisées par le fabricant apportent 10 fois plus de taurine et 1.000 fois plus de D-glucuronolactone qu'un régime normal. Selon l'Agence, ces produits n'ont pas fait la preuve de leur inocuité, loin de là. En particulier quand on les associe à l'alcool.

Dans un avis datant de décembre 2006, l'Afssa a écrit : "Le produit, en potentialisant les effets excitants de l'alcool et en diminuant ses effets dépressifs, diminue la perception, mais pas la réalité de l'intoxication alcoolique. Une moindre perception d'intoxication alcoolique peut favoriser à la fois la consommation d'alcool et la prise inconsidérée de risque. Certaines autorités nationales (Canada, Irlande, Suède) ont émis une mise en garde de la population en préconisant de ne pas consommer le produit en association avec la consommation d'alcool et/ou en proposant que soit apposé sur le produit un avertissement pour indiquer que la consommation ne doit pas être associée à celle d'alcool." L'Afssa décrit également une expérience sur des rats qui, après avoir ingéré la boisson à la taurine, étaient tellement énervés qu'ils se sont rongé les pattes jusqu'au sang. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot avait d'ailleurs émis en juin, lors d'un débat au Sénat, "les plus grandes réserves" à propos du Red Bull, indiquant que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) avait été saisie d'une enquête sur la boisson énergisante.

La nocivité de Red Bull n'a pas été démontrée

Alors, pourquoi commercialiser la boisson aujourd'hui ? Tout simplement parce que son propriétaire, l'Autrichien Dietrich Mateschitz, âgé de 64 ans, propriétaire de deux écuries de F1 (Red Bull et Toro Rosso) et numéro un mondial des boissons énergisantes, mène une lutte sans merci contre l'interdiction qui frappe depuis 1996 sa boisson dans l'Hexagone. Et il peut se prévaloir de la législation européenne en la matière. Au nom de la libre circulation des biens, la Cour européenne de justice a en effet imposé, dans un célèbre arrêt, le "Cassis de Dijon" du 20 février 1979, le principe de "reconnaissance mutuelle" des réglementations respectives des États membres.

À l'époque, l'Allemagne avait interdit l'importation de la liqueur de cassis de Dijon à l'un de ses importateurs, au motif que sa teneur en alcool était inférieure au taux minimal imposé en Allemagne à ce type de boisson. La Cour a soutenu que, puisque cette liqueur était licitement produite et vendue en France, la législation allemande apportait une restriction à la libre circulation des marchandises, principe fondateur de l'Union. Du coup, tout produit autorisé dans un pays de l'Union peut être mis en vente dans tous les autres États membres, sauf à invoquer "l'intérêt général" : pour le Red Bull, la sécurité sanitaire ou la protection des consommateurs.

Mais c'est à l'État qui veut faire exception au principe d'apporter la preuve que l'intérêt général est menacé. Dans le cas du Red Bull, elle n'a pas été produite, comme le reconnaît l'Afssa elle-même qui n'a que des présomptions. La France pouvait donc se voir infliger une amende de 30 millions d'euros en cas de résistance. Touchée au portefeuille, la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, s'est inclinée. Mais l'Institut de veille sanitaire (InVS) est chargé de surveiller les éventuels effets indésirables de la boisson. Son étude reposera sur "les alertes signalées spontanément aux centres antipoison", précise au point.fr Amandine Cochet, épidémiologiste à l'InVS. Par sa méthode, le travail de l'InVS ne permettra sans doute pas d'isoler les effets spécifiques de la taurine par rapport à l'alcool et ne semble donc pas susceptible de remettre en cause le principe d'une commercialisation de cette boisson controversée en France.