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Libre08
07/08/2008, 14h44
Vous entrez sur le marché du travail, êtes-vous confronté à la précarité ?
aites des études... c'est bien ça qu'on nous disait ? par Amandine

J'ai une licence et ça fait plus d'un an que je suis en interim. Effectivement, je trouve toujours rapidement du travail mais uniquement parce que je prends toutes les missions que l'on me propose, je change d'entreprise environ tous les trois mois avec une coupure d'un mois. Je ne sais jamais où je serais le lendemain, je n'ai pas de vacances. A l'heure actuelle, j'ai un petit peu plus du smic, autant dire rien et une fois toutes mes factures payées il ne me reste que 150 euros pour manger, sortir et m'habiller. Autant dire qu'avec ça adieu l'argent de côté, les vacances, tout ce qui peut avoir un lien avec le plaisir... On travaille pour survivre et non pour vivre... c'est pas ça la vie. Faites des études... c'est bien ça qu'on nous disait ?
Deux emplois à temps partiel, par Carole Bisot

Je suis obligee de cumuler deux temps partiels pour pouvoir vivre. J'ai la chance d'avoir une hierarchie comprenant ma situation et qui me laisse des libertes au niveau de mes horaires mais cela n'aurait pas été possible dans toutes les entreprises. Le fait de cumuler deux emplois génère beaucoup de stress et demande une organisation irréprochable. Il est dommage de devoir en arriver là : je ne gagne que 1200 euros alors que je fais 40 h par semaine.
On aimerait vous garder, mais on n'embauche pas en ce moment,, par Sandra

Ma vie professionnelle a commencé en 2000. J'étais alors BTS en alternance. J'étais à l'époque convaincue qu'un diplome Bac + 2 suivi en alternance me permettrait de trouver rapidement du travail. Je me suis lourdement trompée. J'ai commencé par faire de l'interim, de temps en temps, les missions débouchaient sur des CDD, parfois on me faisait même croire qu'il y aurait peut-être un CDI au bout, mais à la fin du CDD, c'était souvent la même rengaine : on aimerait vous garder, vous travaillez bien et on a besoin de quelqu'un, mais on n'embauche pas en ce moment, la politique de la maison, les actionnaires... Et hop, on repart vers une mission d'interim... J'ai aujourd'hui 28 ans, un CV bien rempli, des expériences à revendre, mais à part la précarité, on ne me propose rien.

Le cycle infernal, par Laurent Vogin

Titulaire d'un Master2 en "management / gestion d'entreprises", j'abordais relativement confiant la transition vers le marché du travail. J'ai vite déchanté. Après une période de rodage à la recherche d'emplois, (CV, LM, entretiens, réseau etc.), j'ai mis 6 mois à décrocher mon premier poste en tant que conseiller commercial (guichetier) dans une grande banque. 15 jours après, j'enchainais pour le même poste dans une autre banque. Ils m'ont proposé au bout d'un mois une formation d'un an pour ce poste là en CDD. J'ai refusé, le poste et le salaire ne me convenaient pas. Grosse erreur. J'ai ensuite travaillé deux fois dans la même boîte de pompes funèbres en tant qu'"agent administratif" puis en interim de nouveau dans une grande banque, le tout pour à chaque fois, des remplacements. A l'arrivée, ma mission la plus plus longue a été d'un mois. Aujourd'hui, cela inquiète les recruteurs, pourtant, mes précédents employeurs ont à chaque fois été satisfaits de moi. C'est le serpent qui se mord la queue, du coup maintenant, je refuse les missions trop courtes. En mission longue, on m'a juste proposé le poste de magasinier. Pour l'instant, je m'autorise encore à refuser mais pour combien de temps ? Tout ceci est très décourageant.

Le problème du mi-temps, par Elsa Huvet

Je suis employée en tant que chargée d'études marketing depuis deux ans au sein d'une entreprise de prestation de services. J'ai signé un contrat pour un CDI, un mi-temps de 20h/semaine. Début 2008, j'ai demandé passer à temps plein et, malgré les hauts bénéfices de mon entreprise, on m'a répondu que cela était impossible pour des raisons budgétaires. Je ne suis pas la seule dans ce cas au sein de mon entreprise et les postes à temps plein sont très difficiles à obtenir. Le problème du mi-temps est, bien évidemment, la rémunération, pas suffisante pour chercher un logement mais déjà trop importante pour obtenir des aides financières.
La précarité des bac + 5, par Marielle Ndiaye

Depuis peu, la recherche d'un emploi est devenu une vrai bataille. Les employeurs exigent des jeunes diplomés des compétences qu'ils n'ont pas puisqu'ils n'ont pas d'expérience. De plus, le système est pervers, il faut une convention de stage, donc etre inscrit en Fac pour pouvoir trouver un stage en France. Le hic, c'est le prix de l'inscription entre 200 et 500 euros. (...) Conséquence: l'exil forcé en Angleterre. Arrivé la-bas, on est plein d'espoir, on dit qu'ici c'est le paradis. Au début, on accepte de faire des petits boulots, on accepte d'etre serveuse, métier qu'on exercait déja en France pour payer ses études. Mais tant pis, on fait preuve d'abnégation et on y retourne. Pour combien de temps ? 6 mois, 1 an, 3 ans. Et là on y est encore. Le plus dur, c'est lorsque les gens bien naifs vous disent: "tu as cherché au moins, avec tous les diplomes que tu as ?". Alors on leur montre la centaine de CV et lettres de motivation pour un stage envoyé en France, en Angleterre, en Suisse. On leur explique qu'il faut parler l'anglais mais aussi l'arabe, le chinois. Ils vous regardent un peu compatissant, s'en vont et on reste dans sa précarité des bac + 5. Sans oublier les petits encouragments d'usage, "t'inquiète pas, je suis sure que tu vas trouver". Je ne sais pas si je vais trouver un travail, mais il y a une chose de sure, c'est qu'ELLE, la précarité, elle m'a trouvée.

Un monde difficile ! par Marie-Jeanne Pelissier

Voilà presque 2 ans que je travaille pour un bureau d'études en Environnement: aprés un long stage de 7 mois et 2 CDD de 4 mois, me voici en CDI avec moins de 1 500 euros par mois, pour de nombreuses heures et un niveau Ingénieur! Bien sûr, c'est positif, j'ai la chance de travailler! De nombreuses personnes issues de ma formation sont au chômage, nommés les "sudiplômés" ils vivotent en faisant de petits boulots (interim!) le temps que leurs espoirs s'amenuisent que la précarité devienne durable! C'est d'ailleurs ce chomage, l'argument principal de mon boss pour garder des salaires bas... Oui je travaille! mais je me sens précaire, je n'ai plus le temps, ni l'énergie de m'investir à côté. La précarité se vit aux portes des entreprises comme, bien souvent, à l'interieur, quand on pensait souffler un peu.

Il a fallu que je vive dans ma voiture, par Matthieu Paulin

Je suis sorti de mes écoles en 2005 diplômé. Je cumule des CDD dans des société de graphisme, journaux, imprimerie mais je n'arrive pas à pouvoir trouver un CDI car les plans de restructuration des entreprises ou tout simplement l'attente des depart en retraite en 2011 / 2012. Je viens d'avoir 25 ans je vais peut être pouvoir avoir droit au RMI à la fin de mon CDD. Avant, aucune aide n'était possible pour moi. Il a fallu que je vive dans ma voiture pendant plusieurs longs mois ou que des personnes m'héberge sinon je serais a la rue aujourd'hui. Je suis retourné dans ma famille à Troyes car je n'avais pas assez d'argent pour pouvoir vivre et manger correctement.

Docteur en CDD, par Céline P.

Comme beaucoup de mes collègues ayant fraîchement obtenu leur doctorat, me voilà en situation précaire en attendant de postuler dans les universités et autres institutions de recherche (CNRS, IRD, INRA, etc...). On doit bien manger et surtout rester dans le "milieu" si on veut avoir une chance pour les concours d'entrée! Pour ma part, je suis en postdoc aux Pays-Bas pour 6 mois, je touche 1 100 euros/mois (alors que j'avais 1 600 euros en thèse) et je n'ai pas un véritable contrat de travail (pas de cotisations sociales). Pour partir, j'ai dû me débrouiller seule, on m'a coupé les assedic sans compenser mon salaire et je n'ai pas eu droit à l'aide au déménagement car je partais pour l'étranger (vive l'Europe!). Aujourd'hui à 29 ans, j'en ai marre de devoir me trimballer partout sans pouvoir faire de projet d'avenir... et encore, je n'ai pas d'enfant! La "fuite des cerveaux", ça se comprend quand on voit le peu de reconnaissance de notre pays pour les jeunes docteurs. Et qu'on ne me dise pas que c'est à cause de ma discipline: je suis docteur en sciences de l'environnement (biologiste)... avec tout le tralala qu'on entend sur les questions d'environnement... commençons par aider les (jeunes) chercheurs!

source: le monde

Libre08
07/08/2008, 14h45
Payé correctement mais précaire quand même, par Antoine Gilbert

J'ai terminé mes études il y a deux ans (bac +5, master de recherche à l'EHESS) et aujourd'hui j'ai trouvé un job honorable qui me permet de ne pas angoisser chaque fin de mois et qui est assez épanouissant. Ma recherche d'emploi a duré par contre plus de 6 mois, à la fin desquels le désespoir commençait à pointer, mais j'ai finalement trouvé un boulot de chargé de mission en collectivité territoriale en Bretagne, pour un peu moins de 1800 € net par mois. Mais il est vrai que je ne suis qu'en CDD d'un an, qui vient d'être reconduit pour une nouvelle année. De perspective d'embauche pérenne, il ne semble pas être question, ma hiérachie me faisant comprendre qu'aucune ligne budgétaire n'a été prévu pour m'incorporer dans les effectifs. Je sais qu'au mois de mai prochain, je suis susceptible de perdre mon emploi. Je reste donc attentif aux offres d'emploi, dans l'espoir de trouver un poste en CDI, afin de me lancer dans des achats nécessitant crédit, que ma banque me refuse jusqu'ici sans autre forme de procès. Les baby-boomers partent en retraite, elles sont où les places qu'ils laissent vacantes ???

Anticiper des revenus aussi variables demande beaucoup d'énergie, par Frédéric Bogero

Sans emploi depuis 18 mois, en stage de formation pour 1 an, l'incertitude est devenue ma principale préoccupation. Chaque emploi décroché ne valorise plus mon parcours professionnel, mais devient pure subsistance. Anticiper des revenus aussi variables demande beaucoup d'énergie. De plus, les pressions financières et psychologique augmente avec les intérêts bancaires, les décalages de paiement des soldes de tout compte, et aussi de par la traque incessante de l'ANPE/ASSEDIC que vous soyez ou non honnête. On guette sans cesse vos faux pas, vos faiblesses et de plus, on ajoute à cela la complexité des processus d'indemnisation, on complique les dossiers, et on vous noie dans des règlementations peu claires tout en usant de votre crédulité pour augmenter les délais d'obtentions de vos droits... afin de vous en priver après la date butoir. En somme le processus d'exclusion se perfectionne en vous culpabilisant.

Des stagiaires à des postes autrefois en CDI, par Marc Delaunay

La précarité, dans mon secteur, l'édition, est assez massive. C'est un milieu qui ne paie pas bien, ni tout de suite. Il ne s'agit même pas de contraintes économiques : les chiffres d'affaire de l'édition française sont plutôt bons. Les "petits" CDI, d'assistant, notamment, étaient la première marche d'une carrière. Ils sont maintenant réservés aux stagiaires. Les annonces sont consultables : fréquemment, des stages de plus de six mois, et on vous demande un diplôme et une première expérience professionnelle. Ce sont en réalité de vrais jobs que, désormais, les entreprises ne paient plus. Pour ce qui me concerne, j'ai un master pro, mention très-bien et j'ai travaillé très dur, dans des conditions salariales loin de la morale et parfois très proches de l'illégalité, et de la part de grandes entreprises. Je viens de signer, cinq ans après mes débuts et pour mes trente ans, mon premier CDI. Il a fallu être solide...

Journaliste débutant, cumulard de galères, par Pierre-Georges Grunenwald

Depuis quatre ans sur le marché du travail, je n'ai eu, depuis, que l'occasion d'occuper des postes à temps partiel, en CDD ou en intérim. Avant ça, bien évidemment, j'ai été stagiaire pour deux grands hebdo dont je tairais le nom. Ils m'ont employé sans me payer… Le métier de journaliste est souvent fait de piges, donc synonyme de précarité, mais cela semble s'instituer. Il est de plus en plus difficile de trouver un poste à temps plein et en fixe. A moins d'avoir le réseau qu'il faut, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Ou alors de travailler pour des gratuits et ne plus être, dans ce cas et d'un point de vue philosophique,journaliste… La presse est sinistrée. Certes. Mais il y a aussi surtout des profiteurs, des exploiteurs, des cyniques et des cumulards. Il suffirait de peu pour que les choses changent. Et ce dans bien des domaines.

Vous connaissez le V.C.A.T. ? par Alexandre Parent

Et oui dans les DOM aussi toujours plus de précarité... J'ai un contrat de V.C.A.T (volontaire civil à l'aide technique), qui n'est pas un véritable contrat de travail et qui existe juste dans les dom. Pas de cotisations pour le chômage ni la retraite bref rien du tout. 1400€ net d'impôt car sans cotisations sociales. Bref un contrat très intéressant pour l'employeur (fonction publique)qui ne paye donc que 1400€. Mais ce contrat dure 2 ans maximum et après vous ne pouvez pas toucher le chômage. Ici en Guyane, la fonction publique emploie de plus en plus de vcat et de moins en moins de vacataire (car ils sont payés plus car ils cotisent pour la retraite et le chômage). Après deux ans dans la fonctions publique je ne serais donc pas comptabilisé comme chômeur car je n'est pas un contrat de travail, je suis sois dix ans "volontaire" !

En finances, le marché est sursaturé, par Augustin

Je suis pour ma part entré dans ce qui semblait il y a encore un an, une voie très dégagée pour un emploi solide : la finance de marché. En sortant de mon master, nous racontaient tous les journaux (dont le votre), les employeurs se battent pour nous recruter à des salaires faramineux. La réalité à laquelle j'ai été confronté, une crise des "subprimes" plus tard, est toute différente : un marché sursaturé, des stages en nombre limité qui laissent même (inédite configuration) certains de mes camarades sur le carreau. A l'issue de ces stages, l'embauche est rare. Les formes atypiques d'emploi se développent, et il devient presque impossible de trouver autre chose que des VIE (volontariat international à l'étranger) "qu'on convertira en vrai contrat de travail dès qu'on aura de l'argent". Je n'écris pas ceci pour me plaindre. Mais si même les privilégiés (la pseudo-"élite de la France") ont ce genre de difficulté à trouver un emploi stable, je préfère ne pas m'imaginer le destin de ceux qui ont moins de qualification, et sont soumis à l'arbitraire d'un marché du travail qui n'a malheureusement que trop le choix, eu égard au nombre de demandeurs d'emploi

La fonction publique d'Etat, par Virginie Guibert

Je viens de décrocher mon premier vrai emploi après 5 ans d'étude, et 6 mois de chomage. Je travaille dans le secteur public : mes employeurs m'ont d'abord proposé un CDD de 2 mois puis comme la structure ferme l'été pendant 3 semaines , je suis actuellement sans contrat jusqu'au 1er septembre. Ensuite j'aurai un contrat d'un an renouvelable 5 fois car je suis sous la coupe du droit public. Je dois déménager, payer une caution et des frais d'agence mais je n'ai à ce jour, aucune preuve de mon futur contrat d'un an. Heureusement que mes parents peuvent être encore et toujours caution.

Stagiaire invisible, par Lisa Charlotte

J'entame en ce mois d'août mon 14e mois de stage sur une période de 3 ans. C'est ma 4e entreprise, avec un stage en cabinet d'avocat en plus. L'indémnité de stage n'a jamais été mirobolante, dans aucun de ces stages mais c'est surtout le traitement humain qui a changé. Dans l'entreprise dans laquelle je suis actuellement, il y a 25 % de stagiaires. Tous les salariés parlent des vacances qu'ils ont pris ou vont prendre. Nous nous n'avons pas le droit à des vacances, ou alors les jours d'absence sont décomptés sur notre indemnité. Ce qui est choquant, c'est que personne ne semble même envisager que nous avons également besoin de vacances. Nous travaillons autant que des salariés, pour 400 € par mois, mais nos conditions de travail ne sont pas les mêmes. Tout n'est pas justifié par la "formation" donnée. Surtout au bout de 14 mois d'expérience professionnelle.

Précarité déguisée, par Jérôme de Ferran

Moi, je suis commercial salarié cdi vrp... 35h ? Connais pas. Jours de repos ? Connais pas. Principe simple, mon salaire chaque début de mois est de 0 francs, je dois le "construire" moi même sans garantie. Un minimum légal de 1200 euros brut mais dont je suis redevable le mois suivant si je n'arrive pas à le gagner. Autant dire que si je ne réussi pas chaque mois, je n'ai plus qu'à démissionner tant je serais endetté auprès de mon employeur pour qui suis corvéable à merci. Du coup, certains employés ne leur coûte rien, ils travaillent sans interruption et sont débiteurs chez leur propre enployeur!!! Je travail 11h00 par jours, je n'ai plus de vie social et nous sommes des milliers dans ce cas. Je ne peux avoir aucun projet même à court terme. Nous ne sommes pas comptabilisés dans les "précaires" et pourtant nous existons.