alvaz-94
23/09/2008, 22h11
n'existe pas de mot kabyle pour désigner exclusivement la poésie. Chaque genre a son nom propre. Le poème épique est dit taqsit (histoire, geste), le poème lyrique asfrou (élucidation) et la pièce légère izli (courant d'eau). Cependant, le mot asfrou tend de plus en plus à désigner le poème sans distinction de genre et, au pluriel, isfra, la poésie en général. Cette spécialisation est confirmée par l'usage que les poètes épiques faisaient du même mot dans leurs exordes qui débutent parfois par ce vers : « A yikhf iou refd asfrou » "Ô ma tête, fais jaillir un poème » .Par ailleurs, le verbe sfrou (démêler, élucider, percer l'inconnu), employé sans complément, est consacré dans le sens exclusif de dire ou réciter des vers, de la poésie, quel qu'en soit le genre.
Le taqsit , à thème historique, était très répandu dans le milieu tribal kabyle. Chaque confédération, chaque tribu, Ils ont semé la haine dans les villages ;
Nous l'avons engrangée, et il en reste encore ;
C'est comme l'abondante récolte d'un champ fraîchement incendié.
Quand l'impôt de guerre nous affola,
Nous jetâmes tout sur l'aire à battre,
Chacun renia son propre frère.
Le mauvais sujet eut la préférence ;
Le noble fut humilié.
Chaque jour apportait son lot de soucis ;
Mais personne ne s'ouvrait à personne.
Et pourtant les malheurs fondaient de toutes parts.
Terrible fut l'année 1871
Annoncée par le Livre [sacré] :
La justice s'évanouit ainsi que la vérité.
Il n'y a là ni « grossier sensualisme » ni « obscénités de bergers », auxquels certains voudraient réduire la poésie kabyle.
« soluble dans l'air », suivant l'expression de Verlaine. Il semble convenir à une langue qui procède par juxtaposition et répugne à la période, au style dépouillé du langage parlé, à une pensée qui s'exprime tout naturellement par des traits vifs et courts. Certains on vu dans le neuvain un signe de décadence de la poésie kabyle. Ainsi, Si Mohand, vieilli, atteint d'un mal incurable qui serait l'impuissance, saisi de remords, trouve des accents émouvants pour résumer en neuf vers toute sa vie passée et présente :
Mon cour se couvre de nuages,
De larmes il déborde
Au souvenir de mes épreuves.
Ma confession fait trembler les montagnes
Et rouvre les plaies de mon cour.
J'ai tout consacré aux plaisirs des filles,
Et, marqué au sceau d'un destin funeste,
Je n'eus point de chance.
Ah ! vivre seulement un jour de bonheur !
El-Hossein, contemporain du précédent, à l'aide d'une image simple et progressivement développée, parvient à communiquer l'horreur de son agonie :
Mon cour s'en va goutte à goutte
Comme une bougie
Emprisonnée dans une lanterne.
Elle brûle et se consume,
S'étiole dans la chaleur étouffante,
Et décline, lentement, lentement.
Bientôt le vide à sa place,
Sa lumière s'éteint,
Et ce sont les ténèbres.
L'izli est le poème léger et toujours chanté. Il n'a pas de forme fixe. Généralement court, trois à six vers, rarement davantage, il est fortement rythmé. À l'inverse des deux genres précédents auxquels s'adonnent des artistes bien connus et fort honorés, il est toujours anonyme, peut-être à cause de la verdeur de son langage qui l'apparente à la chanson dite grivoise.
n'existe pas de mot kabyle pour désigner exclusivement la poésie. Chaque genre a son nom propre. Le poème épique est dit taqsit (histoire, geste), le poème lyrique asfrou (élucidation) et la pièce légère izli (courant d'eau). Cependant, le mot asfrou tend de plus en plus à désigner le poème sans distinction de genre et, au pluriel, isfra, la poésie en général. Cette spécialisation est confirmée par l'usage que les poètes épiques faisaient du même mot dans leurs exordes qui débutent parfois par ce vers : « A yikhf iou refd asfrou » (« Ô ma tête, fais jaillir un poème »). Par ailleurs, le verbe sfrou (démêler, élucider, percer l'inconnu), employé sans complément, est consacré dans le sens exclusif de dire ou réciter des vers, de la poésie, quel qu'en soit le genre.
Le taqsit , à thème historique, était très répandu dans le milieu tribal kabyle. Chaque confédération, chaque tribu, parfois même chaque village avait son ou ses bardes, dont la fonction consistait à composer des chants dans lesquels il glorifiait les exploits du groupe, immortalisait les héros et stigmatisait les lâches, ou se lamentait après une défaite et décrivait les horreurs de la guerre, etc. Le poème pouvait être chanté, psalmodié ou tout simplement récité. Des fragments sur la chute d'Alger en 1830 et sur la lutte soutenue par les Kabyles durant tout le XIXe siècle pour sauvegarder leur indépendance fournissent une idée de ce genre en voie de disparition. Le soulèvement de 1871 en particulier inspira de nombreux poètes, notamment Ismaïl Azikkiou, mort à la fin du siècle dernier.
Ils ont semé la haine dans les villages ;
Nous l'avons engrangée, et il en reste encore ;
C'est comme l'abondante récolte d'un champ fraîchement incendié.
Quand l'impôt de guerre nous affola,
Nous jetâmes tout sur l'aire à battre,
Chacun renia son propre frère.
Le mauvais sujet eut la préférence ;
Le noble fut humilié.
Chaque jour apportait son lot de soucis ;
Mais personne ne s'ouvrait à personne.
Et pourtant les malheurs fondaient de toutes parts.
Terrible fut l'année 1871
Annoncée par le Livre [sacré] :
La justice s'évanouit ainsi que la vérité.
Il n'y a là ni « grossier sensualisme » ni « obscénités de bergers », auxquels certains voudraient réduire la poésie kabyle.
L'asfrou ou poème lyrique est le genre le plus pratiqué. Le rythme de ses vers ainsi que la distribution de ses rimes se retrouvent dans le long poème à thème historique dont il semble descendre. Il ne s'en distingue que par les thèmes et par la brièveté. Il est généralement composé de neuf vers groupés par strophes de trois. Les deux premiers vers des trois strophes, de même quantité syllabique, riment ensemble, tandis que les troisièmes, plus courts, sont affectés d'une seconde rime. Incontestablement, son vers, de cinq ou sept pieds, a quelque chose de « soluble dans l'air », suivant l'expression de Verlaine. Il semble convenir à une langue qui procède par juxtaposition et répugne à la période, au style dépouillé du langage parlé, à une pensée qui s'exprime tout naturellement par des traits vifs et courts. Certains on vu dans le neuvain un signe de décadence de la poésie kabyle. La poésie étant l'art de vouloir saisir la vérité en peu de mots, on peut penser au contraire qu'il traduit une évolution heureuse. Ainsi, Si Mohand, vieilli, atteint d'un mal incurable qui serait l'impuissance, saisi de remords, trouve des accents émouvants pour résumer en neuf vers toute sa vie passée et présente :
Mon cour se couvre de nuages,
De larmes il déborde
Au souvenir de mes épreuves.
Ma confession fait trembler les montagnes
Et rouvre les plaies de mon cour.
J'ai tout consacré aux plaisirs des filles,
Et, marqué au sceau d'un destin funeste,
Je n'eus point de chance.
Ah ! vivre seulement un jour de bonheur !
El-Hossein, , à l'aide d'une image simple et progressivement développée, parvient à communiquer l'horreur de son agonie :
Mon cour s'en va goutte à goutte
Comme une bougie
Emprisonnée dans une lanterne.
Elle brûle et se consume,
S'étiole dans la chaleur étouffante,
Et décline, lentement, lentement.
Bientôt le vide à sa place,
Sa lumière s'éteint,
Et ce sont les ténèbres.
L'izli est le poème léger et toujours chanté. Il n'a pas de forme fixe. Généralement court, trois à six vers, rarement davantage, il est fortement rythmé. À l'inverse des deux genres précédents auxquels s'adonnent des artistes bien connus et fort honorés, il est toujours anonyme, peut-être à cause de la verdeur de son langage qui l'apparente à la chanson dite grivoise.
dans les récits mis au goût du jour depuis un peu plus d'un siècle. D'ailleurs, le conte, qui a déjà subi des dégradations, semble engagé, bien que timidement, dans une voie qui pourrait déboucher sur la naissance d'une prose consciemment élaborée. Le mérite en revient à Bélaïd Aït Ali, dont les pères Blancs ont publié, en 1964, Les Cahiers ou la Kabylie d'antan. Dans une prose empruntée au conte, mais retravaillée et soumise à la contrainte qu'impose la volonté de l'écrit littéraire, ce Kabyle de culture française a raconté des histoires qui tiennent à la fois du conte, du roman et de la confession, Déjà avant lui, mais avec moins de talent, Belkassem Bensédira avait, à la fin du siècle dernier, écrit des fables anciennes dans une prose littéraire. Ces deux tentatives demeurent encore isolées, de même que celle de Boulifa qui, au début de ce siècle, a composé un ouvrage en prose sur la Kabylie. La prose de ces trois pionniers se situe à mi-chemin entre celle du conte, dépouillée et concrète, et une prose moderne, imagée et plus intellectuelle.
Le taqsit , à thème historique, était très répandu dans le milieu tribal kabyle. Chaque confédération, chaque tribu, Ils ont semé la haine dans les villages ;
Nous l'avons engrangée, et il en reste encore ;
C'est comme l'abondante récolte d'un champ fraîchement incendié.
Quand l'impôt de guerre nous affola,
Nous jetâmes tout sur l'aire à battre,
Chacun renia son propre frère.
Le mauvais sujet eut la préférence ;
Le noble fut humilié.
Chaque jour apportait son lot de soucis ;
Mais personne ne s'ouvrait à personne.
Et pourtant les malheurs fondaient de toutes parts.
Terrible fut l'année 1871
Annoncée par le Livre [sacré] :
La justice s'évanouit ainsi que la vérité.
Il n'y a là ni « grossier sensualisme » ni « obscénités de bergers », auxquels certains voudraient réduire la poésie kabyle.
« soluble dans l'air », suivant l'expression de Verlaine. Il semble convenir à une langue qui procède par juxtaposition et répugne à la période, au style dépouillé du langage parlé, à une pensée qui s'exprime tout naturellement par des traits vifs et courts. Certains on vu dans le neuvain un signe de décadence de la poésie kabyle. Ainsi, Si Mohand, vieilli, atteint d'un mal incurable qui serait l'impuissance, saisi de remords, trouve des accents émouvants pour résumer en neuf vers toute sa vie passée et présente :
Mon cour se couvre de nuages,
De larmes il déborde
Au souvenir de mes épreuves.
Ma confession fait trembler les montagnes
Et rouvre les plaies de mon cour.
J'ai tout consacré aux plaisirs des filles,
Et, marqué au sceau d'un destin funeste,
Je n'eus point de chance.
Ah ! vivre seulement un jour de bonheur !
El-Hossein, contemporain du précédent, à l'aide d'une image simple et progressivement développée, parvient à communiquer l'horreur de son agonie :
Mon cour s'en va goutte à goutte
Comme une bougie
Emprisonnée dans une lanterne.
Elle brûle et se consume,
S'étiole dans la chaleur étouffante,
Et décline, lentement, lentement.
Bientôt le vide à sa place,
Sa lumière s'éteint,
Et ce sont les ténèbres.
L'izli est le poème léger et toujours chanté. Il n'a pas de forme fixe. Généralement court, trois à six vers, rarement davantage, il est fortement rythmé. À l'inverse des deux genres précédents auxquels s'adonnent des artistes bien connus et fort honorés, il est toujours anonyme, peut-être à cause de la verdeur de son langage qui l'apparente à la chanson dite grivoise.
n'existe pas de mot kabyle pour désigner exclusivement la poésie. Chaque genre a son nom propre. Le poème épique est dit taqsit (histoire, geste), le poème lyrique asfrou (élucidation) et la pièce légère izli (courant d'eau). Cependant, le mot asfrou tend de plus en plus à désigner le poème sans distinction de genre et, au pluriel, isfra, la poésie en général. Cette spécialisation est confirmée par l'usage que les poètes épiques faisaient du même mot dans leurs exordes qui débutent parfois par ce vers : « A yikhf iou refd asfrou » (« Ô ma tête, fais jaillir un poème »). Par ailleurs, le verbe sfrou (démêler, élucider, percer l'inconnu), employé sans complément, est consacré dans le sens exclusif de dire ou réciter des vers, de la poésie, quel qu'en soit le genre.
Le taqsit , à thème historique, était très répandu dans le milieu tribal kabyle. Chaque confédération, chaque tribu, parfois même chaque village avait son ou ses bardes, dont la fonction consistait à composer des chants dans lesquels il glorifiait les exploits du groupe, immortalisait les héros et stigmatisait les lâches, ou se lamentait après une défaite et décrivait les horreurs de la guerre, etc. Le poème pouvait être chanté, psalmodié ou tout simplement récité. Des fragments sur la chute d'Alger en 1830 et sur la lutte soutenue par les Kabyles durant tout le XIXe siècle pour sauvegarder leur indépendance fournissent une idée de ce genre en voie de disparition. Le soulèvement de 1871 en particulier inspira de nombreux poètes, notamment Ismaïl Azikkiou, mort à la fin du siècle dernier.
Ils ont semé la haine dans les villages ;
Nous l'avons engrangée, et il en reste encore ;
C'est comme l'abondante récolte d'un champ fraîchement incendié.
Quand l'impôt de guerre nous affola,
Nous jetâmes tout sur l'aire à battre,
Chacun renia son propre frère.
Le mauvais sujet eut la préférence ;
Le noble fut humilié.
Chaque jour apportait son lot de soucis ;
Mais personne ne s'ouvrait à personne.
Et pourtant les malheurs fondaient de toutes parts.
Terrible fut l'année 1871
Annoncée par le Livre [sacré] :
La justice s'évanouit ainsi que la vérité.
Il n'y a là ni « grossier sensualisme » ni « obscénités de bergers », auxquels certains voudraient réduire la poésie kabyle.
L'asfrou ou poème lyrique est le genre le plus pratiqué. Le rythme de ses vers ainsi que la distribution de ses rimes se retrouvent dans le long poème à thème historique dont il semble descendre. Il ne s'en distingue que par les thèmes et par la brièveté. Il est généralement composé de neuf vers groupés par strophes de trois. Les deux premiers vers des trois strophes, de même quantité syllabique, riment ensemble, tandis que les troisièmes, plus courts, sont affectés d'une seconde rime. Incontestablement, son vers, de cinq ou sept pieds, a quelque chose de « soluble dans l'air », suivant l'expression de Verlaine. Il semble convenir à une langue qui procède par juxtaposition et répugne à la période, au style dépouillé du langage parlé, à une pensée qui s'exprime tout naturellement par des traits vifs et courts. Certains on vu dans le neuvain un signe de décadence de la poésie kabyle. La poésie étant l'art de vouloir saisir la vérité en peu de mots, on peut penser au contraire qu'il traduit une évolution heureuse. Ainsi, Si Mohand, vieilli, atteint d'un mal incurable qui serait l'impuissance, saisi de remords, trouve des accents émouvants pour résumer en neuf vers toute sa vie passée et présente :
Mon cour se couvre de nuages,
De larmes il déborde
Au souvenir de mes épreuves.
Ma confession fait trembler les montagnes
Et rouvre les plaies de mon cour.
J'ai tout consacré aux plaisirs des filles,
Et, marqué au sceau d'un destin funeste,
Je n'eus point de chance.
Ah ! vivre seulement un jour de bonheur !
El-Hossein, , à l'aide d'une image simple et progressivement développée, parvient à communiquer l'horreur de son agonie :
Mon cour s'en va goutte à goutte
Comme une bougie
Emprisonnée dans une lanterne.
Elle brûle et se consume,
S'étiole dans la chaleur étouffante,
Et décline, lentement, lentement.
Bientôt le vide à sa place,
Sa lumière s'éteint,
Et ce sont les ténèbres.
L'izli est le poème léger et toujours chanté. Il n'a pas de forme fixe. Généralement court, trois à six vers, rarement davantage, il est fortement rythmé. À l'inverse des deux genres précédents auxquels s'adonnent des artistes bien connus et fort honorés, il est toujours anonyme, peut-être à cause de la verdeur de son langage qui l'apparente à la chanson dite grivoise.
dans les récits mis au goût du jour depuis un peu plus d'un siècle. D'ailleurs, le conte, qui a déjà subi des dégradations, semble engagé, bien que timidement, dans une voie qui pourrait déboucher sur la naissance d'une prose consciemment élaborée. Le mérite en revient à Bélaïd Aït Ali, dont les pères Blancs ont publié, en 1964, Les Cahiers ou la Kabylie d'antan. Dans une prose empruntée au conte, mais retravaillée et soumise à la contrainte qu'impose la volonté de l'écrit littéraire, ce Kabyle de culture française a raconté des histoires qui tiennent à la fois du conte, du roman et de la confession, Déjà avant lui, mais avec moins de talent, Belkassem Bensédira avait, à la fin du siècle dernier, écrit des fables anciennes dans une prose littéraire. Ces deux tentatives demeurent encore isolées, de même que celle de Boulifa qui, au début de ce siècle, a composé un ouvrage en prose sur la Kabylie. La prose de ces trois pionniers se situe à mi-chemin entre celle du conte, dépouillée et concrète, et une prose moderne, imagée et plus intellectuelle.