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Voir la version complète : Chadli Bendjedid : « Mes vérités » 2/2


FilleDeKabylie
07/01/2009, 00h15
La Cour des comptes ? Parlons-en
Chadli, victime de revanches inassouvies ? Inévitablement, la pensée dérive sur la fameuse Cour des comptes et ses innombrables péripéties qui n'ont pas valu à l'ancien Président de la République que des amis. Le fait arrache à l'ancien chef de l'Etat un accent indigné : « La Cour des comptes devait faire un travail de constat de l'utilisation des deniers publics et de récupération du patrimoine national. Elle n'avait pas pour mission de s'en prendre à des personnalités politiques de l'époque. Quand j'entends aujourd'hui le sobriquet de "cour des règlements de comptes'', cela m'indigne. Chadli Bendjedid n'était pas obsédé par l'idée de créer des problèmes à des responsables politiques. C'est oublier trop vite que c'est Chadli Bendjedid, pour des besoins de paix sociale, qui a fait voter une résolution au congrès du FLN épargnant la détention à des personnalités politiques impliquées dans des détournements de fonds publics. Non, je n'étais animé par aucun désir de vengeance. Seul m'importait le rétablissement du droit. »

Chadli et le FIS
Tout cela dit, il reste le reproche principal, celui qui commande toute l'avalanche des critiques contre Chadli et sur lequel l'ancien chef de l'Etat n'a pas eu l'occasion de s'expliquer : la suprématie du FIS aux élections législatives. Bien des accusations sont nées de ce triste épisode, notamment celle qui voudrait qu'un accord secret aurait été passé entre Chadli et le parti islamiste. La précision fuse, de taille : « Accord avec le FIS ? Le Président Chadli Bendjedid n'a jamais rencontré de responsables du FIS en dehors des rencontres publiques avec les formations politiques, qui ont eu pour théâtre le siège de la Présidence de la République et auxquelles était convié le FIS au même titre que tous les autres partis. J'ai d'ailleurs toujours évité de voir qui que ce soit à l'extérieur de la Présidence, par respect infaillible à ma mission de premier magistrat. J'étais chargé de mettre l'Etat au-dessus de toutes les considérations politiciennes. » Chadli Bendjedid souligne n'avoir jamais eu de sympathie particulière pour le FIS dont il avait à l'époque déjà une opinion précise sur la plupart des dirigeants, « des hypocrites politiques qui instrumentalisent la religion pour arriver au pouvoir ». A-t-il été surpris que le FIS ait réussi à s'imposer largement aux législatives ?
« Oui, car nous avons été trompés par les sondages officiels et officieux qui parvenaient régulièrement à la Présidence, qui faisaient fausse route totale et qui attribuaient au parti de Abassi Madani moins du quart des suffrages. » Pour la Présidence de la République, l'équilibre politique qui se profilait alors, sur la base de ces rapports, valait la peine que l'on tentât l'expérience d'une vraie Assemblée nationale pluraliste où le FIS aurait été confronté à d'autres courants politiques et où il aurait été réduit à sa véritable nature. Mais le 26 décembre au soir, ce fut le funeste désenchantement Que faire ?

Chadli est parti de son propre chef
La victoire du FIS venait de provoquer une donne politique nouvelle, tragique et incontournable. Arrêter le processus électoral ou aller jusqu'au bout ? « C'était une question de fidélité à sa morale et à ses convictions. Nous étions devant un dilemme inattendu, certes, mais quand on a des convictions on ne peut faire une autre politique que celle que dicte votre conscience. On ne peut prétendre édifier un Etat de droit et accepter qu'on bafoue le verdict des urnes, quel que soit ce verdict. C'était mon choix de poursuivre le processus électoral, d'affronter l'énorme incertitude et de faire confiance en l'avenir Je ne voulais pas abdiquer à la volonté d'un système qui avait vieilli. Alors, entre ma conscience et mon poste, j'ai choisi ma conscience. » Ce choix contrarié, Chadli Bendjedid, pour ne pas avoir « à faire une autre politique », a alors choisi, de son propre chef, de partir le 11 janvier 1992. Neuf ans plus tard, il ne regrette pas cette décision majeure qui l'a mis en adéquation avec lui-même. Quant à ce qui s'est produit par la suite, il préfère répondre par un soupir « Le temps aurait travaillé pour la vérité et aurait dévoilé la véritable face du FIS. »

« Personne n'a obligé Chadli Bendjedid au silence »
La retraite forcée lui permet de lire et de s'adonner aux joies de la famille. L'immense égard qu'il déclare garder pour le pays, le sens de l'Etat et des responsabilités qu'il a eu à assumer ainsi que l'éthique politique l'ont conduit donc à ce remarquable « silence responsable » qui, pense-t-il très fort, épargne à l'Algérie des déchirures supplémentaires, dût-il en souffrir et subir des diatribes de tous genres et de toutes natures. « Mais personne n'a obligé Chadli Bendjedid au silence. » L'ancien Président, qui vit à Oran non pas dans une résidence d'Etat comme on s'est plu à le raconter mais dans une modeste habitation chez sa belle-famille qui l'héberge, est libre de tous ses mouvements, libre de se déplacer à l'intérieur et à l'étranger. « Mais quand on ne fait pas partie des gens qui aiment voyager ou qui adorent faire le tour des chefs d'Etat, les déplacements à l'étranger ne sont pas une obsession » Pour faire ses contrôles médicaux, l'ancien Président de la République, qui vit avec sa seule pension de retraité, doit toujours recourir à la Sécurité sociale algérienne, « faute de moyens pour suivre des traitements médicaux privés ». Boumediène l'avait prévenu.