Annonce

Réduire
Aucune annonce.

L’état de grâce de Houria Aïchi

Réduire
X
  • Filtre
  • Heure
  • Afficher
Tout nettoyer
nouveaux messages

  • L’état de grâce de Houria Aïchi


    Après avoir interprété les chants de l’Aurès, sa région natale, puis rendu hommage aux grandes chanteuses de son pays, Houria Aïchi, l’une des chanteuses algériennes les plus fascinantes, incarne, avec Chants mystiques d’Algérie, les chants spirituels de son pays, d’Alger au Constantinois, en passant par l’Ouest algérien, le Sud saharien et la Kabylie. Ici mise à nue, soulignée par l’élégance d’arrangements dépouillés, sa voix, si riche de nuances, tour à tour aride, solaire, charnelle, nourrie des terres d’Algérie, touche au sublime et revient à l’essentiel : la grâce et l’amour. La chanteuse raconte la signification de ces chansons, leur collectage et l’interprétation qu’elle en livre. Rencontre.

    RFI Musique : Comment pourriez-vous définir ces chants ?
    Houria Aïchi :
    Le mot "spiritualité", celle des Algériens, symbolise au mieux leur contenu. La foi dans l’Islam s’impose au cœur même de ces traditions populaires. Ces chants peuvent être interprétés lors de mariage et de circoncisions. Leurs textes établissent des références explicites au Prophète et aux saints. Cimentées autour de l’Islam, ces expressions artistiques populaires incarnent la foi des Algériens et la culture de mon pays. Ces chants de piété, empreints de grâce et de beauté, expriment le rapport simple des gens à leur foi…

    Comment les avez-vous collectés ?
    De la même façon que pour mes précédents albums. J’en connaissais certains pour les avoir chantés moi-même quand je vivais en Algérie, dans les fêtes, les mariages, lors des circoncisions... Aujourd’hui encore, ces chants continuent de vivre : on les retrouve sur Facebook, sur Youtube. D’autres, enfin, m’ont été offerts par des amis, ou l’un de mes musiciens, lui-même chanteur soufi – des cadeaux du cœur ! En plein collectage, j’ai ainsi croisé une amie, perdue de vue, au hasard des rues de Paris. Devant un café, je lui ai parlé de mon travail. A l’issue de la discussion, elle m’a prêté une cassette de chants enregistrés lors de la veillée funèbre de sa mère. Une marque d’amitié et de confiance !

    Ces chants incarnent-ils votre pays ?
    Ces chants, pour moi, restent typiquement algériens. Mais mon pays ne saurait être un vase clos ! Ainsi, certains des textes sont chantés dans tout le Maghreb ! Pourtant, je les interprète en Algérienne que je suis, vous voyez ? Il existe des différences, infimes certes, dans nos manières de chanter : l’histoire de la terre, des hommes qui l’habitent depuis des millénaires, chante dans nos voix…

    Vous êtes originaire de l’Aurès. Comment avez-vous abordé les rythmes des différentes régions ?
    Par l’apprentissage et la détermination. J’ai travaillé… et les musiciens m’ont aidée. Ali, par exemple, connaît parfaitement les pratiques et les rituels soufis. Les rythmes diffèrent, bien sûr, mais l’esprit reste le même ! Qu’ils soient portés par des paysans, des villageois, des montagnards ou des citadins, ils expriment tous le même amour porté à Allah et au Prophète…

    Dans ce disque, vous avez pris le parti d’arrangements dépouillés. Par ailleurs, vous chantez seule, des chants collectifs…
    C’était le vœu de mon directeur artistique, Mohamed Abdennour : mettre en lumière le texte et soutenir mon art de chanteuse soliste. J’avais aussi en tête cette dimension de ramener ces chants collectifs vers une sorte d’intériorité.

    Comment accède-t-on à la spiritualité à travers ces chants ?
    Ils se composent, selon moi, de textes magnifiques en arabe et en berbère. Mais pour accéder à leur beauté intrinsèque, il faut du tarab… et du temps. Les soirées soufies, comme celles de la confrérie Aïssaoua, par exemple, peuvent durer toute la nuit, jusqu’au matin. Les gens chantent et dansent à la gloire de Dieu et du Prophète, se réunissent par centaines, dans le partage de la musique. Petit à petit, après des heures d’écoute, de musique et de battements des percussions, le "tarab" peut surgir. C’est une sorte d’état de grâce, qui arrive par l’entremise des chants, de la danse, et nécessite du temps, de l’intériorité. Les gens se réfugient à l’intérieur d’eux-mêmes, pour accueillir les paroles.

    Vous-même, atteignez-vous le "tarab" ?
    Quand je suis sur scène, oui. Il me faut pourtant un certain temps, avant d’être "imprégnée" par le texte, pour pouvoir l’exprimer. Mais, dans ce processus, les musiciens m’aident beaucoup. Par leur présence et leur quête de cet "état de grâce", par leur culture, ils m’entourent et me portent. Les chants soufis arrivent plutôt en fin de concert. On laisse le temps à cette rondeur humaine d’affleurer, et de s’installer…

    Houria Aïchi Chants mystiques d’Algérie (Accords Croisés) 2017
    Anne-Laure Lemancel RFI musique



Chargement...
X