Annonce

Réduire
Aucune annonce.

Nour-Eddine Boukrouh plaidoye pour une réforme de l’Islam

Réduire
X
  • Filtre
  • Heure
  • Afficher
Tout nettoyer
nouveaux messages

  • Nour-Eddine Boukrouh plaidoye pour une réforme de l’Islam

    Par Nour-Eddine Boukrouh
    noureddineboukrouh@yahoo.fr
    «Celui qui accomplit un effort de réflexion (ijtahada) et réussit aura droit (dans l’au-delà) à deux récompenses ; s’il échoue, il aura droit à une.»
    (Hadith)
    Fort de cette assurance du Prophète (QSSSL), nous allons plaider dans cette contribution, qui sera suivie d’autres, en faveur d’une réforme de l’Islam. Selon notre modeste «ijtihad», car la question nous taraude depuis longtemps, le moment est venu de poser la problématique de la réforme de l’Islam en cette étape critique de son devenir. Il est impératif de réformer l’Islam de l’intérieur car, en tant que système de valeurs et de religion majeure de l’humanité, il est en danger d’être détruit par l’inconscience de ses «ulémas» et la barbarie d’une espèce humanoïde surgie en petit nombre mais partout. Qui se souvient dans l’ambiance actuelle qu’il a été derrière une grande civilisation, de grands exemples moraux, des leçons humanitaires emblématiques, une littérature flamboyante, des arts dont la trace demeure en divers endroits de la planète, une musique qu’on étudiait comme une science, des savants, des philosophes avant-gardistes et des inventeurs de techniques ? Pourquoi chercher à réformer l’Islam plutôt que de plaider en faveur d’une législation visant à le contenir dans la sphère privée ? Parce qu’aussi difficile, aussi sacrilège, aussi inconcevable que puisse paraître l’idée de le réformer, elle est encore plus envisageable que de croire pouvoir le balayer puis le cacher, comme la poussière, sous le tapis. Des pays comme la Turquie et la Tunisie qui pensaient, depuis les années 1930 pour la première et les années 1950 pour la seconde, que la laïcité s’était définitivement ancrée dans leurs sociétés avaient lancé à la cantonade «Vogue la galère !» en croyant naviguer sur une mer de tranquillité.
    Puis un jour, quelque chose se produisit, des troubles éclatèrent, le peuple fut consulté et le djinn d’Aladin jaillit du fond de la bouteille pour rafler la mise électorale. On a vu aussi en Orient et en Occident des hommes ayant reçu des formations supérieures et scientifiques dans les meilleures universités du monde se ranger derrière des cheikhs incultes ou se compromettre dans des actions de terrorisme. Qu’on le veuille ou non, notre être y est chevillé ; il est incrusté dans notre inconscient collectif et notre imaginaire ; il a conditionné notre histoire et est un marqueur de notre identité ; il domine notre culture sociale, nos mentalités, nos mœurs, notre habillement, notre langage et notre espace public ; il est au cœur de notre Constitution, de notre législation, de notre code de la famille, de notre système éducatif, de notre paysage politique, de nos programmes télé ; il est au centre de nos débats et différends politiques ; des centaines de milliers d’Algériens sont morts et d’autres continuent de tomber en rapport avec lui ; il entre pour beaucoup dans le regard que nous jetons sur les autres, les non-musulmans ; nous sommes touchés par ce qui arrive aux musulmans dans le monde, victimes ou par leur faute… La réforme de l’Islam, la réforme de la vision du monde des musulmans est indispensable dans l’intérêt de l’Islam, des musulmans, des relations entre les peuples et les religions, de la paix dans le monde et de l’humanité dans son ensemble. Cette réforme n’est pas un enjeu philosophique, mais stratégique ; l’enjeu ne concerne pas Dieu mais l’avenir de la planète devenue exiguë et ses parties interdépendantes. Quand l’une est malade, les autres s’en ressentent. Dans l’immédiat, il s’agit de préserver son pays de l’autodestruction qui peut le viser d’un jour à l’autre ; d’arrêter le bain de sang au nom de l’Islam ou en relation avec lui ; de réconcilier les musulmans entre eux, avec le monde, l’humanité, la modernité, la gouvernance démocratique ; de vivre en paix avec les non-musulmans et de contribuer au progrès humain. Il est vital de réformer la vision du monde des musulmans car leurs idées courantes, leurs mentalités et les comportements qu’elles induisent sont devenus, sous l’influence de «chouyoukh», d’«ulémas» et de chefs de guerre déconnectés de la marche de l’Histoire des sources de blocage à leur évolution et des générateurs de conflits qui ont fait de quasiment tout «dar-l-islam» un «dar-l-harb » (champ de bataille). C’est toute la «weltanschauung» de l’Islam, notre compréhension du Coran, nos idées arrêtées qui ont impérativement besoin d’être revues de fond en comble pour rendre peut-être possible un nouveau départ dans l’Histoire à l’instar des nations qui ont surmonté leur décadence et lancé au XXe siècle un «nouveau cycle de civilisation» : Japon, Inde, Chine, Corée du Sud...
    L’Islam n’est pas que le Coran et l’exemple du Prophète. C’est aussi et surtout ce qu’en ont fait les hommes en quinze siècles en divers points de la terre, ce qu’y ont ajouté les haines tribales qui ont survécu à l’Islam, les conflits politiques précoces pour la prise du pouvoir, le laxisme des «ulémas» dans ces crises, les interprétations des écoles juridiques, les écrits bons et mauvais, anciens et récents, des uns et des autres, les traditions de peuples de toutes les races, les siècles de décadence, la dégénérescence de la foi en maraboutisme, la colonisation, l’échec des politiques d’inspiration marxiste ou libérale au XXe siècle et, bien sûr, l’Islam politique. L’islam historique est l’œuvre des hommes, et c’est aux hommes qu’il revient de le réformer. C’est sur cette partie que devra porter la réforme que nous appelons de nos vœux mais pas seulement, puisque, joignant l’acte à la parole, nous allons essayer d’y contribuer avec quelques idées.
    A voir l’état dans lequel il se trouve, il est impossible de nier que rien ne va plus dans le monde de l’Islam et qu’il court à sa perte, pan par pan, pays après pays. Déjà largement sous-développés, traînant en queue de peloton de l’humanité dans tous les domaines hormis celui de la violence, loin derrière les nations issues de religions jugées inférieures à la leur (hindouisme-Inde, judaïsme-Israël, bouddhisme-Chine et Corée du Sud, christianisme-Occident, shintoïsme-Japon…), bon nombre de pays musulmans sont entrés, avec le troisième millénaire, dans une guerre de religion anachronique qui s’est déjà soldée par des centaines de milliers de morts, accroît les souffrances de leurs populations, pousse à l’exil leurs maigres ressources en matière grise et démantèle les fragiles Etats péniblement édifiés au cours du XXe siècle.
    Dans cette guerre mondiale intra-islamique, toutes les raisons de s’entretuer ont été activées en même temps : régimes despotiques refusant le changement démocratique ; manigances de puissances étrangères pour sécuriser leurs sources d’énergie, protéger leurs alliés ou maintenir leur zone d’influence ; procédés sournois des Etats-pivots chiites et sunnites dans leur lutte par groupes armés interposés pour le leadership régional ; nouvelles aspirations identitaires et nationales…
    Rares sont les pays musulmans qui ne sont pas touchés par cette guerre qui rappelle la guerre du Péloponnèse qui a emporté la civilisation grecque : chiites contre sunnites en Irak, Syrie, Yémen, Pakistan, Liban, Bahreïn, Arabie Saoudite ; sunnites contre sunnites en Afghanistan, Somalie, Turquie (Kurdes), Egypte, Libye, Mali, Algérie et Tunisie (terrorisme), Maroc (Sahara occidental) ; Indonésie (il n’y a pas longtemps) ; sunnites d’un côté (Daech) et sunnites, chiites, chrétiens et yazédis à la fois de l’autre ; affrontements sporadiques ou permanents entre musulmans et non-musulmans au Nigeria, Cameroun, Kenya, Philippines, en Centrafrique, Inde (Cachemire), Birmanie, Chine, Russie, Thaïlande…
    Enfin, actions terroristes ponctuelles partout sur la planète qui, même lorsqu’elles ne sont pas commises par des musulmans de souche, le sont par des sociopathes occidentaux convertis à l’Islam pour assouvir leurs instincts sanguinaires. Avant, d’innombrables Occidentaux chrétiens ou juifs, savants, philosophes, artistes, orientalistes, hommes d’Etat et d’Eglise se convertissaient à l’Islam conquis par sa spiritualité, ses valeurs morales, ses vertus altruistes, sa tolérance, son passé, sa vérité métaphysique ou les accointances du Coran avec la science moderne. Même les musulmans ayant trouvé asile dans le reste du monde ne vivent pas tranquilles, pris en tenaille entre les pressions exercées sur eux par la montée de l’islamisme, d’un côté, et l’islamophobie qu’il a déclenchée en réaction à ses provocations, de l’autre.
    Le monde musulman comme entité sociale, organique et politique, comme «oumma», n’existe plus depuis la fin du califat abbasside. Mais il n’a jamais cessé d’exister comme conglomérat culturel et mental, comme vision du monde entretenue par un savoir religieux périmé et comme psychologie soumise à l’irrationnel. Dans quel pays n’y a-t-il pas eu de problèmes ces dernières décennies ? En Indonésie qui se remet à peine des attentats de Bali qui ont fait des centaines de morts et de blessés ? En Malaisie où c’est grâce à sa structure ethnique composite qu’elle n’a pas (encore) été entraînée dans le sillage de la dynamique régressive observée ailleurs ?
    De même qu’il n’y a plus de monde musulman, il n’y a plus d’Islam unique, il y en a une diversité issus de la pulvérisation de l’Islam originel, des schismes qui l’ont secoué et dénaturé ses idéaux à partir du renversement de Ali par Moawiyya et l’instauration du pouvoir dynastique. Depuis, on a l’islam chiite, l’islam sunnite, l’islam mystique, l’islam réformiste, l’islam moderniste, l’islam salafiste, l’islam asiatique, l’islam noir, l’islam politique, l’islam djihadiste, l’islam takfiriste…
    Ceux qui continuent de se voiler la vue pour ne pas voir le problème qui déborde de partout et empoisonne la vie à la planète entière persistent à soutenir que le terrorisme n’a ni religion ni frontières, qu’il est étranger à l’Islam et qu’il ne représente rien par rapport à la masse de musulmans vivant paisiblement. Ce n’est pas vrai. Le fanatisme et le terrorisme sont les produits logiques d’une vision de l’Islam apparue au XIIe siècle et qui a conduit à la décadence par l’abandon de l’effort intellectuel et de là, directement, à la «colonisabilité qui appelle le colonialisme» (Bennabi).
    Cette vision, résultat d’une lecture littéraliste d’un Coran à l’envers (je m’expliquerai sur cette expression), a fait son entrée dans la sphère politique dans les années 1920 avec l’apparition des «Frères musulmans» en Egypte et «Jamaât at-tabligh» dans le sous-continent indien dont dérivent tous les courants islamistes actuels, violents ou non. Que l’islamisme et son avatar terroriste soient marginaux ne change rien à la réalité quotidienne des pays qui les subissent. Comme on le sait, quelques centaines de terroristes déterminés suffisent pour mettre un pays sens dessus-dessous pendant des décennies.
    Dr House : « ... quand tu entends des sabots, pense cheval pas zèbre... ».

  • #2
    Suite ...

    En Algérie, nous en sommes à la 22e année de lutte contre le terrorisme et ce n’est pas fini alors que nous pouvons nous targuer de posséder une armée aguerrie.
    L’islamisme est le fils maudit de l’Islam, son «bad boy» ou son Robin des bois, selon le point de vue où on se place, mais c’est son fils et les versets dont il se prévaut proviennent du Coran, d’où le silence embarrassé des «ulémas». Ces versets, on les apprend à l’école, à la mosquée, dans les livres, les documentaires, les films, à la maison, sur internet, dans la rue, partout où vivent des musulmans. Ils ne sont pas chuchotés en secret mais clamés quotidiennement et enseignés ingénument au même titre que le reste des versets du Coran et les autres matières scolaires. Ils sont surtout chirurgicalement sélectionnés, délicatement prélevés par les imams radicalisés dans leurs prêches et les leaders terroristes dans leurs harangues : «Tuez les polythéistes partout où vous les trouvez… Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’infidèles et que la religion soit entièrement à Allah Seul…» (al-Baqara, 193) ; «La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et son messager et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays» (al-Maïda, 33). Pour justifier le terrorisme, des versets où apparaît l’équivalent en arabe du verbe terroriser sont privilégiés : «Et préparez-vous pour lutter contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie afin de terroriser l'ennemi d'Allah et le vôtre…» (al-Anfal, 60) ; «Nous allons jeter la terreur dans les cœurs des mécréants» (al-Imran, 151)… Ces paroles et d’autres, si elles n’étaient pas liées à un contexte historique précis, si elles avaient un sens intemporel comme le prétendent les fanatiques, paraissent en effet terrifiantes.
    Il ne faut pas faire mine de les oublier, mais les sortir à la lumière du jour pour en débattre, analyser les problèmes qu’ils posent à la vie internationale et arrêter une position à leur sujet. Ils ne sont pas très nombreux, mais assez cependant pour constituer un arsenal de justifications des actes de barbarie auxquels nous assistons, révulsés. Le tout n’est pas que ces versets existent, il faut expliquer pourquoi, où et quand ils ont été révélés.
    Jusqu’à la veille de l’Hégire en 622, soit près de treize ans depuis la descente du premier verset coranique, jusqu’à la révélation de la 87e sourate dans l’ordre chronologique sur un total de 114, on ne trouve pas dans le Coran des exhortations à tuer pour sa religion ou une autre raison, à faire la guerre à quiconque ou à rompre avec les autres religions et communautés humaines, comme il n’est pas encore question de jeûne, d’interdiction du vin, de voile des femmes, d’amputation de la main en cas de vol, de lapidation, de hadj, d’usure, de règles du mariage, du divorce, de la polygamie ou de l’héritage… C’est à partir de cette 87e sourate, al-Baqara (La Vache) qu’il est fait mention de «djihad» et que les prescriptions et les interdictions qui distinguent le rite musulman sont instituées. 86 sourates totalisant 4 613 versets ont été révélées à La Mecque et 28 sourates totalisant 1623 versets à Médine après que le Prophète eut choisi cette ville comme terre d’exil pour échapper à la mort dans sa ville natale, La Mecque.
    La marque distinctive des 86 sourates mecquoises est qu’elles ont une portée cosmologique, universelle, spirituelle, morale, philosophique et esthétique alors que le dernier cinquième, révélé à Médine, recèle les versets normatifs relatifs à l’organisation de la nouvelle société, du culte, des relations avec les juifs, les chrétiens et les polythéistes mecquois. Or, ces 86 sourates ont été disséminées, dispersées dans le Coran de sorte qu’elles ont perdu leur enchaînement et leur cohérence.
    La première sourate qu’on rencontre en ouvrant le Coran, après les sept lignes constituant la Fatiha (5e dans l’ordre chronologique), est justement al-Baqara.
    C’est la première sourate révélée à Médine et la plus longue (286 versets). Le ton et le style changent brusquement à partir de cette 87e sourate, devenant très durs à certains moments. Et c’est sur ces versets que le lecteur du Coran tombe dans les sourates 2, 3, 4, 5, 8 et 9 alors que dans l’ordre chronologique, elles occupent les places 87, 89, 92, 112, 88 et 113. Dans ces sourates Dieu s’adresse à une communauté en particulier qui doit s’identifier par des rites, des règles de vie, une organisation ad hoc et défendre son existence. Les adeptes de la nouvelle religion ont subi pendant plus de douze ans persécutions et exactions à La Mecque sans réagir parce qu’il leur était interdit de recourir à la violence.
    Mais maintenant qu’ils sont concentrés en un même endroit, qui plus est dans une ville qu’ils ne connaissent pas, il devient essentiel pour eux de s’organiser, de se défendre contre l’hostilité des Médinois non convertis, des «mounafiqine» (ceux qui font semblant de s’être convertis mais complotent contre l’Islam), des puissantes tribus juives à l’intérieur de la ville et des Mecquois à l’extérieur.
    Encore qu’il n’est pas question dans ces versets «durs» d’un appel à la guerre mondiale, au djihad tous azimuts, mais de nettoyer Médine (et plus tard la péninsule arabique) de l’ennemi intérieur et de fortifier la citadelle. Là s’arrêtent le sens et le champ d’application de ces versets.
    Le contraire de ces versets existe aussi dans le Coran, en plus grand nombre, et ce sont ces versets qui ont fait la grandeur de l’Islam et sa civilisation et pourront encore le refaire. Ils appellent au respect des autres religions, des autres communautés humaines, dissuadent de se venger et inclinent au pardon : «En vérité, les musulmans, ceux qui pratiquent le judaïsme, les sabéens, les chrétiens, quiconque croit en Dieu, au jour dernier et fait du bien, tous ceux-là trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur» (al-Maïda, 69) ; «Nous avons fait descendre la Thora dans laquelle il y a guidance et lumière. C’est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Allah, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des juifs» (al-Maïda, 43-44) ; «Nous envoyâmes, à leur suite, Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qui, dans la Thora, avait été antérieurement révélé. Nous lui donnâmes l’Evangile contenant une direction et une lumière» (al-Maïda, 46) ; «Que les chrétiens jugent d’après ce qui est révélé dans l’Evangile !… A chacun de vous nous avons donné une loi et une voie. Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. S’il ne l’a pas fait cependant, c’est pour vous mettre à l’épreuve eu égard à ce qu’il vous a donné» (al-Maïda, 48) ; «Tu te rendras assurément compte que ceux qui sont les plus proches des musulmans par l’amitié sont ceux qui disent : ‘‘Nous sommes chrétiens’’ (al-Maïda, 82) ; ‘‘Avec les juifs et les chrétiens ne discutez que de la manière la plus affable, sauf quand il s’agit de ceux qui commettent des injustices parmi eux. Dites-leur : ‘‘Nous croyons en ce qui nous a été révélé et en ce qui vous a été révélé. Notre Dieu et le Vôtre sont le même Dieu et nous Lui sommes soumis’’ (al-Ankabût, 46) ; «A chaque communauté nous avons assigné un rite sacré auquel elle se conforme» (al-Hadjj, 67) ; «Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité»
    (al-Maïda, 2)» ; «Quiconque transgresse contre vous, transgressez contre lui, à transgression égale» (al-Baqara, 194) ; «Et s'ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci toi aussi…» (al-Anfal, 61)… Tous ces versets, excepté ceux de sourate al-Ankabût, sont postérieurs à la 87e sourate. Réformer l’Islam ! Le sujet est d’autant plus sensible que la liberté de pensée n’est plus ce qu’elle était aux premiers temps de l’Islam, quand on pouvait discuter en public de l’essence de Dieu, du Coran créé ou incréé, de la prédestination, de l’interférence de Dieu dans les affaires humaines...
    Il y avait plus d’esprit critique, de tolérance et de liberté d’expression au temps des califes omeyyades et abbassides que de nos jours où on peut être mis à mort pour des choses qui passaient pour banales au temps des «mû’tazila», époque où les musulmans ont donné un grand essor à la science et à la technique, tandis que de nos jours, on ne se soucie que du respect des rites sans aucun intérêt pour les sciences et les technologies, abandonnées aux autres.
    S’ils ne se résolvent pas à se réformer, s’ils ne réalisent pas les changements nécessaires à leur cohabitation avec les autres peuples du monde, les musulmans ne pourront pas rêver d’un avenir moderne et pacifique parmi les nations. Ils se rapprochent de cet avenir-régression au fur et à mesure que leurs ressources en hydrocarbures s’épuisent. Ils retourneront alors à l’état où les a trouvés l’Islam et le colonialisme. Tous les peuples de toutes les confessions les dépasseront, y compris les anciens animistes qu’aucun frein mental ou culturel n’entrave dans leur marche vers le progrès.
    N. B.
    Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articl...=171303&cid=41

    prochain : peut-on réformer l’Islam ?
    Dr House : « ... quand tu entends des sabots, pense cheval pas zèbre... ».

    Commentaire


    • #3
      «Celui qui accomplit un effort de réflexion (ijtahada) et réussit aura droit (dans l’au-delà) à deux récompenses ; s’il échoue, il aura droit à une.»
      (Hadith)
      Désolé M. Boukrouh, c'est pas ce hadith qui va te sauver
      Tu vas être lynché par les islamistes.
      Dr House : « ... quand tu entends des sabots, pense cheval pas zèbre... ».

      Commentaire


      • #4
        Reforme De L’islam : Passer Entre Les Gouttes

        REFORME DE L’ISLAM : PASSER ENTRE LES GOUTTES
        16 avril 2015, 11:55
        Cette contribution est un intermède entre les sept contributions déjà parues ici et celles à venir car il y a encore beaucoup à dire sur la thématique de la Réforme de l’islam dont la finalité est l’actualisation de notre vision du monde et le changement de notre regard sur les non-musulmans avec qui nous partageons la planète. Cette pause est nécessaire à la mise au clair de quelques points compte tenu de la sensibilité et de l’importance du sujet non seulement pour nous, Algériens, mais pour l’ensemble des musulmans.

        Le débat qui se dessinait sur la thématique de la Réforme de l’islam semble, comme un ascenseur qui s’est bloqué au troisième étage d’un immeuble qui en compte sept, s’être arrêté à la question de l’ordre de classement des sourates du Coran évoquée dans la troisième contribution. C’est ainsi que le ministre des Affaires religieuses qui a abjuré dans le journal « Echourouk » du 11 avril les mots désobligeants qu’il a eus à mon égard quelques jours plus tôt, a lancé l’idée d’organiser une conférence nationale sur la question à laquelle participeraient des ulémas et des hommes de culture. Même réduit à cet ordre du jour, de quelle autorité, de quelles légitimité se prévaudraient les conclusions qui se dégageraient d’une conférence nationale, s’agissant d’un sujet universel ?

        Le classement des sourates dans l’ordre de leur révélation pour retrouver la perspective originelle de l’islam est une condition nécessaire mais non suffisante de la Réforme, et le cadre naturel et idéal pour connaître de la problématique dans son ensemble est l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) dont sont membres les pays musulmans et « observateurs » les Etats hébergeant d’importantes minorités musulmanes. Une conférence nationale, en Algérie ou ailleurs, n’aurait de sens que si son objet est de formuler les positions ou propositions du pays concerné. A moins que ce ne soit pour tuer l’idée comme on sait le faire dans notre pays quand on veut enterrer un sujet qui fâche : le confier à une commission ou à une conférence nationale.

        L’éventuelle remise en ordre des sourates du Coran selon leur enchaînement chronologique n’est pas une fin en soi. Elle ne serait qu’un préalable, une impulsion donnée à un processus de mutations intellectuelles qui se traduiraient à terme par des changements profonds dans l’éducation, la culture, les comportements et la vision du monde des musulmans s’ils veulent faire face à la nouvelle étape de l’Histoire qui se profile et qui consacrera leur place parmi les nations stables, pacifiques et productives, ou les frappera d’ostracisme une fois pour toutes.

        Cette nouvelle étape a commencé en fait depuis la fin du siècle dernier et se présente sous les plus mauvais augures puisqu’elle a déjà enregistré la fragilisation sinon le démantèlement d’Etats arabo-musulmans par la guerre civile en rapport avec l’islamisme (Afghanistan, Somalie, Palestine, Liban, Soudan, Libye, Syrie, Irak, Mali, Yémen, etc) et la déstabilisation d’autres par le terrorisme (Algérie, Egypte, Pakistan, Tunisie, etc). Dans tous ces conflits le facteur religieux occupe une place de choix qui atteste de notre inconscience suicidaire car au temps de la décadence et de la colonisation l’ennemi au moins n’était pas nous-mêmes, mais l’étranger. Un nouveau seuil vient d’être franchi ces dernières semaines avec la formation d’une coalition militaire sunnite pour contrer l’influence chiite dans la presqu’île arabique et au Moyen Orient. Les deux blocs qui se disputent le leadership régional et énergétique sont promis à une guerre religieuse, idéologique, politique, économique et militaire sans précédent dans l’histoire de l’islam et qui ne s’achèvera qu’avec leur épuisement mutuel.

        Curieusement, cette nouvelle étape est aussi celle, sur un autre plan, où le monde assiste à un rapprochement inattendu entre la science et la métaphysique (notion d’origine grecque désignant ce que le Coran appelle « ad-din al-hanif », la « religion naturelle ») déjà perceptible en cosmologie et en physique quantique. Les musulmans seront alors les grands absents de cette parousie où la quête spirituelle et la recherche scientifique se réconcilieront pour le plus grand bien de l’humanité.

        Depuis l’indépendance, notre pays a été un acteur dynamique et convaincu du mouvement des non-alignés. Dans les années soixante-dix, il a été l’initiateur de propositions visant à l’instauration d’un nouvel ordre économique mondial. Ces deux causes idéalistes mais irréalistes n’ont débouché sur rien de tangible alors qu’elles ont mobilisé les ressources humaines et les moyens de notre diplomatie pendant des décennies parce que le rapport de force n’était pas en faveur des pauvres. Qu’en reste-t-il ? Des films d’actualité, des regrets et des souvenirs nostalgiques.

        La cause de la réforme de l’islam est un dossier autrement plus important, vital même, pour l’ensemble des Etats musulmans quelle que soit leur situation actuelle, bonne ou mauvaise, stable ou chaotique. Pourquoi notre pays, qui n’est pas impliqué dans la guerre mondiale intra-islamique et n’y sera pas entraîné, nous l’espérons, ne prendrait-il pas l’initiative sur ce dossier aux apparences intellectuelles et culturelles mais au fond éminemment géopolitique ?

        Il existe dans la langue française une locution pour exprimer le caractère impossible d’une mission : « passer entre les gouttes », sous-entendu se faufiler entre les gouttes de la pluie sans se mouiller, ce qui est effectivement impossible. Cette image s’est imposée à moi Bas du formulaireen traitant de ce sujet dans des émissions télévisées où j’avais parfois l’impression de slalomer entre les tabous tous sens en alerte, comme l’alpiniste engagé dans l’escalade d’un dangereux pic où le moindre faux pas signifierait pour lui la chute fatale. Pourquoi ? A cause de l’immense fossé existant dans les mentalités entre la foi et la raison, de l’ignorance ambiante et de l’intolérance agressive, de l’antagonisme entre l’obscurité du fanatisme et la lumière de la rationalité, de la peur irraisonnée des gens de s’approcher de trop près des questions religieuses, du despotisme exercé sur les esprits par les « hommes de religion » autoproclamés.

        Nous sommes le seul continent culturel en ce début de troisième millénaire où l’on continue de s’identifier par l’obédience religieuse. Les autres peuples du monde s’identifient par leur nationalité ou leur géographie (les membres de l’Union européenne, par exemple) alors qu’ils sont apparentés eux aussi à un culte parfois numériquement plus important que le nôtre et présent dans leur vie plus que l’islam dans notre quotidien (l’hindouisme, par exemple). Peut-on entendre sans froncer les sourcils d’étonnement un Français, un Russe, un Américain ou un Brésilien parler des siens en commençant sa phrase par « Nous, les chrétiens… » ? Ou un citoyen indien dire « Nous, les brahmanes… » ?

        Plus personne en dehors des historiens et des archéologues n’utilise les expressions de civilisation « chrétienne », « hindouiste », « bouddhiste », « shintoïste » ou « communiste ». La civilisation chinoise, elle, n’a jamais été liée à une religion mais a été bâtie sur une philosophie de l’harmonie entre la vie sociale, l’organisation de l’Etat et le Ciel tirée des « hadiths » (sentences, entretiens) du vénérable Confucius dont la connaissance par les musulmans leur eut été d’une grande utilité. Mais les musulmans estiment n’avoir rien à apprendre de quiconque, civilisation, religion, philosophie ou sagesse inspirée. La vérité est leur lot exclusif et la perfection leur marque distinctive éternelle. Même s’ils sont analphabètes et vivent sous le seuil de pauvreté.
        Dr House : « ... quand tu entends des sabots, pense cheval pas zèbre... ».

        Commentaire


        • #5
          Suite ...

          Et puisque les Chinois sont présents parmi nous par milliers, observons-les de près, scrutons leur comportement au lieu de nous contenter de rire de leur façon de parler notre tortueux argot. Ils travaillent pour nous, à notre place, et bien sûr mille fois mieux que nous. C’est que les « hadiths » de Confucius, notamment sur le sérieux dont il faut faire montre dans tous les instants de la vie et le travail bien fait, sont inscrits dans leur inconscient collectif depuis vingt-cinq siècles, tandis que les hadiths de notre Prophète ne sont plus depuis un millénaire que des formules de circonstance ou des circonlocutions destinées à duper autrui. Nos ulémas imbus de leur « ilm illimité » devraient s’intéresser à l’ « épigénétique » et à l’ « intrication quantique », nouvelles sciences en formation, pour comprendre pourquoi, si tant est que le sujet les intéresse.

          Ils servent aussi à meubler les sermons religieux intemporels et immuablement servis, accompagnés de la même interprétation, dans les 15.000 mosquées du pays où on les écoute avec une piété feinte chaque vendredi sans leur donner le moindre prolongement dans la vie réelle. La prière terminée, on les oublie immédiatement ou les foule aux pieds avant même d’avoir quitté la « maison de Dieu ». Les ulémas de l’ensemble du monde musulman voient bien que leur « ilm » n’opère plus dans la vie sociale mais ils ne reconnaîtront jamais que leur savoir est devenu exactement ce contre quoi mettait en garde le Prophète : un « savoir inutile ». S’il n’y avait que cela ! Il est aussi et surtout devenu l’arsenal où sont puisées la justification et la légitimation du terrorisme le plus effroyable.

          Confucius avait un contemporain, Socrate, qui n’a pas, lui non plus, laissé d’écrits mais seulement des enseignements oraux rapportés par ses disciples et qu’on retrouve notamment dans l’œuvre foisonnante de Platon. On sait aussi par le Coran que Dieu a donné à un mystérieux personnage sur lequel on s’interroge à ce jour, Loqman, le choix entre la prophétie et la sagesse et qu’il a choisi la seconde, comme notre Prophète qui, ayant eu le choix entre être roi-prophète et serviteur de Dieu-prophète, avait opté pour la seconde qualité. Le nom de Luqman a été donné à la « soura » où est rapportée son histoire. Loqman, pourquoi pas, pourrait être Pythagore.

          On lit dans le Coran : « Certes, nous avons envoyé avant toi des Messagers. Il en est dont nous t'avons raconté l'histoire et il en est dont nous ne t'avons pas raconté l'histoire. Et il n'appartient pas à un Messager d'apporter un signe (aya, preuve) si ce n'est avec la permission d'Allah » (Ghâfir », v 78). Dans la prophétie, depuis Ibrahim al-Khalil, la force de persuasion est mise dans le Message. Dans le cas des inspirés, le Message est mis dans le savoir extraordinaire pour son temps et la sagesse hautement humaniste et vertueuse de la personnalité choisie. Un Messager sans « ayates », c’est-à-dire sans Livre ni Législation, est toujours un homme exemplaire, un cerveau exceptionnel comme Pythagore, l’inventeur des mathématiques et de la métaphysique, Confucius, l’initiateur d’un système de valeurs morales encore en vigueur, et Socrate l’éducateur de la Grèce antique dont les méthodes pédagogiques sont à la base des systèmes éducatifs du monde entier.

          Selon un ijtihad tout personnel, Confucius, Socrate et Pythagore devraient être comptés parmi les « anbiya » (prophètes) envoyés par Dieu à leurs communautés respectives et non nommés dans le Coran : « Nous avons inspiré les prophètes dont nous t’avons déjà fait connaître l’histoire et d’autres dont nous ne te parlerons pas » (« an-Nisa », v. 164). Pourquoi ? Probablement parce que les Arabes ne savaient rien de ces lointaines nations.
          Le but de la religion, comme celui de la sagesse, de la philosophie et de la science aujourd’hui, est la préservation de l’espèce humaine qui, de toutes les créatures et créations de Dieu, a reçu le don de l’intelligence, de la raison, pour assumer la mission justifiant sa création : poursuivre son œuvre sur la terre et dans l’Univers. Il est facile de s’acquitter des rites et devoirs religieux, mais beaucoup plus difficile de « faire le bien » (çalihate) quand cette notion n’est pas réduite aux seuls actes de charité.

          Elle implique une organisation sophistiquée de la société, des institutions tournées vers le bien commun et une économie dégageant des surplus pour permettre la prise en charge des orphelins, des sinistrés, des malades, des chômeurs, des handicapés physiques et mentaux, des personnes du troisième âge, etc, toutes choses laissées en terre d’islam à la famille ou au bon vouloir des « mouhcinine ». Elle renvoie à la capacité de concevoir des institutions modernes pour assurer l’application du droit, de la justice équitable et des libertés publiques. Or, comme on dit dans le langage économique, l’offre islamique ne correspond plus à la demande moderne ; elle n’est pas compétitive en matière de droits de l’homme ; elle n’incite pas a la recherche fondamentale et appliquée pour inventer de nouvelles technologies ; elle ne possède pas de modèle pour mettre sur pied des systèmes économiques et politiques répondant aux nouvelles aspirations de l’humanité. Au contraire, elle fait peur car elle ne semble plus avoir d’arguments que la violence et la terreur.

          La conception de l’Univers, de Dieu, de la raison d’être de l’homme sur la terre et des relations avec les autres peuples et croyances des musulmans doit être irriguée par l’expérience des autres nations et recevoir une nouvelle impulsion tirée d’une lecture inédite du Coran comme nous l’avons suggéré. Notre « tasawwur al-Wujud » qui a été juste, performant et compétitif jusqu’à une certaine époque, ne l’est plus depuis six ou sept siècles, c’est-à-dire depuis qu’on n’a plus renouvelé le « ilm » (sciences religieuses), le « fiqh » (droit musulman) et leur source commune, le « tafsir » (exégèse du Coran). Le « ilm » qui doit être rénové est celui qui a conduit à la décadence et légitime de nos jours les régimes politiques despotiques et archaïques qui veillent à son maintien en l’état pour se perpétuer. Il n’est pas né en Algérie mais est importé « clés en main » de l’Orient.

          En ce XXIe siècle, l’islam doit présenter un nouveau visage au monde, lui montrer de nouvelles dispositions, promouvoir des idées inédites allant dans le sens de la marche de l’Histoire. Tel est le but visé par notre démarche décriée avant d’être comprise. La Réforme préconisée ne peut pas être l’affaire d’un ou de plusieurs intellectuels ou ulémas, ni d’un pays, quel qu’il soit, mais de l’ensemble de la communauté islamique représentée dans une institution multilatérale comme l’OCI. C’est alors qu’il sera possible d’ouvrir le dossier et de passer entre les gouttes.

          N.B

          Le Soir d'Algérie du 16/04/2015
          Dr House : « ... quand tu entends des sabots, pense cheval pas zèbre... ».

          Commentaire

          Chargement...
          X