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Poèmes Jacques Prévert

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  • #16
    Re : où je vais, d'où je viens

    je me suis surprise à réciter ce poème ce matin...

    Où je vais, d'où je viens
    Pourquoi je suis trempée.
    Voyons, ça se voit bien.
    Il pleut.
    La pluie, c'est de la pluie
    Je vais dessous, et puis,
    Et puis c'est tout.
    Passez votre chemin
    Comme je passe le mien.
    C'est pour mon plaisir
    Que je patauge dans la boue.
    La pluie, ça me fait rire.
    Je ris de tout et de tout et de tout.
    Si vous avez la larme facile
    Rentrez plutôt chez vous,
    Pleurez plutôt sur vous,
    Mais laissez-moi,
    Laissez-moi, laissez-moi , laissez-moi, laissez-moi.
    Je ne veux pas entendre le son de votre voix,
    Passez votre chemin
    Comme je passe le mien.
    Le seul homme que j'aimais,
    c'est vous qui l'avez tué,
    Matraqué, piétiné...
    achevé.
    J'ai vu son sang couler,
    couler dans le ruisseau,
    dans le ruisseau.
    Passez votre chemin
    comme je passe le mien.
    L'homme que j'aimais
    est mort, la tête dans la boue.
    Ce que j'peux vous haïr,
    vous haïr.. c'est fou... c'est fou... c'est fou.
    Et vous vous attendrissez sur moi,
    vous êtes trop bons pour moi,
    beaucoup trop bons, croyez-moi.

    Vous êtes bons... bons comme le ratier est bon pour le rat...
    mais un jour... un jour viendra où le rat vous mordra...
    Passez votre chemin,
    hommes bons... hommes de bien.
    "Toute la question du pouvoir, c'est de séparer les hommes de ce qu'ils peuvent. Il n'y a pas de pouvoir si les gens sont autonomes." [Pacôme Thiellement]

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    • #17
      Re : où je vais, d'où je viens

      une de mes preferees de Prevert
      Barbara
      Rappelle-toi Barbara
      Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
      Et tu marchais souriante
      É panouie ravie ruisselante
      Sous la pluie
      Rappelle-toi Barbara
      Il pleuvait sans cesse sur Brest
      Et je t'ai croisée rue de Siam
      Tu souriais
      Et moi je souriais de même
      Rappelle-toi Barbara
      Toi que je ne connaissais pas
      Toi qui ne me connaissais pas
      Rappelle-toi
      Rappelle-toi quand même ce jour-là
      N'oublie pas
      Un homme sous un porche s'abritait
      Et il a crié ton nom
      Barbara
      Et tu as couru vers lui sous la pluie
      Ruisselante ravie épanouie
      Et tu t'es jetée dans ses bras
      Rappelle-toi cela Barbara
      Et ne m'en veux pas si je te tutoie
      Je dis tu à tous ceux que j'aime
      Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
      Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
      Même si je ne les connais pas
      Rappelle-toi Barbara
      N'oublie pas
      Cette pluie sage et heureuse
      Sur ton visage heureux
      Sur cette ville heureuse
      Cette pluie sur la mer
      Sur l'arsenal
      Sur le bateau d'Ouessant
      Oh Barbara
      Quelle connerie la guerre
      Qu'es-tu devenue maintenant
      Sous cette pluie de fer
      De feu d'acier de sang
      Et celui qui te serrait dans ses bras
      Amoureusement
      Est-il mort disparu ou bien encore vivant
      Oh Barbara
      Il pleut sans cesse sur Brest
      Comme il pleuvait avant
      Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
      C'est une pluie de deuil terrible et désolée
      Ce n'est même plus l'orage
      De fer d'acier de sang
      Tout simplement des nuages
      Qui crèvent comme des chiens
      Des chiens qui disparaissent
      Au fil de l'eau sur Brest
      Et vont pourrir au loin
      Au loin très loin de Brest
      Dont il ne reste rien.

      Jacques Prévert, Paroles
      Il faut viser la lune car même en cas d'échec on atterrit dans les étoiles.
      Oscar Wilde

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      • #18
        Re : Poèmes Jacques Prévert

        Envoyé par mo_hdf Voir le message
        Enfant

        sans mentalité
        Et quand j’avais besoin d’idées
        pour me tenir compagnie
        je les appelais
        Et elle venaient
        et je disais oui à celles qui me plaisent
        les autres je les jetais
        Maintenant j’ai grandi
        les idées aussi
        mais ce sont toujours de grandes idées
        de belles idées
        d’idéales idées
        Et je leur ris toujours au nez
        Mais elles m’attendent
        pour se venger
        et me manger
        un jour où je serai très fatigué

        Mais moi au coin d’un bois
        je les attends aussi
        et je leur tranche la gorge
        je leur coupe l’appétit
        .

        [Jaques Prevert]

        L'un des plus beaux poèmes
        Merci du partage Mo un style que j'aime lire ça glisse sur les lèvres !
        Le soleil ne devrait pas briller pour les cœurs solitaires...

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        • #19
          Re : Poèmes Jacques Prévert

          Envoyé par allolalune Voir le message
          une de mes preferees de Prevert
          Barbara
          Rappelle-toi Barbara
          Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
          Et tu marchais souriante
          Épanouie ravie ruisselante
          Sous la pluie
          Rappelle-toi Barbara
          [...]

          Jacques Prévert, Paroles
          ça me fait sourire de lire ça...merci
          Envoyé par fusionwest Voir le message
          Merci du partage Mo un style que j'aime lire ça glisse sur les lèvres !
          exactement...le seul poète dont j'ai lu les recueils
          "Toute la question du pouvoir, c'est de séparer les hommes de ce qu'ils peuvent. Il n'y a pas de pouvoir si les gens sont autonomes." [Pacôme Thiellement]

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          • #20
            Re : Poèmes Jacques Prévert

            Envoyé par mo_hdf Voir le message
            ça me fait sourire de lire ça...merci
            je t'en prie, cela doit te rappeller certainement des souvenirs comme moi quand je t'ai lue
            Dernière modification par mo_hdf, 21 March 2011, 19h16.
            Il faut viser la lune car même en cas d'échec on atterrit dans les étoiles.
            Oscar Wilde

            Commentaire


            • #21
              Re : Poèmes Jacques Prévert

              Envoyé par allolalune Voir le message
              je t'en prie, cela doit te rappeller certainement des souvenirs comme moi quand je t'ai lue
              exactement...j'adore marcher sous la pluie...
              "Toute la question du pouvoir, c'est de séparer les hommes de ce qu'ils peuvent. Il n'y a pas de pouvoir si les gens sont autonomes." [Pacôme Thiellement]

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              • #22
                Re : Poèmes Jacques Prévert

                Prévert, le poète qui savait jouer avec les mots. Comment ne pas apprécier ses poèmes !

                Au collège, j'adorais son Cancre.

                Il dit non avec la tête
                Mais il dit oui avec le coeur
                Il dit oui à ce qu'il aime
                Il dit non au professeur
                Il est debout
                On le questionne
                Et tous les problèmes sont posés...
                "Je m’arrêterais de mourir s'il me venait un bon mot ou une bonne idée."
                Voltaire

                Commentaire


                • #23
                  Re : Poèmes Jacques Prévert

                  Envoyé par Dziria Voir le message
                  Prévert, le poète qui savait jouer avec les mots. Comment ne pas apprécier ses poèmes !

                  Au collège, j'adorais son Cancre.

                  Il dit non avec la tête
                  Mais il dit oui avec le coeur
                  Il dit oui à ce qu'il aime
                  Il dit non au professeur
                  Il est debout
                  On le questionne
                  Et tous les problèmes sont posés...
                  ça sent le vécu...

                  Commentaire


                  • #24
                    Re : Poèmes Jacques Prévert

                    Envoyé par amohandami Voir le message
                    ça sent le vécu...
                    Un peu, mais pas pour la "cancrittude". C'était surtout pour la "clownittude".
                    "Je m’arrêterais de mourir s'il me venait un bon mot ou une bonne idée."
                    Voltaire

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                    • #25
                      un autre poème que j'aime beaucoup :

                      Drôle d'immeuble

                      Dans une chambre au sixième
                      un coquillage est posé sur la table
                      soudain il se met à chanter
                      L'homme est réveillé par le bruit de la mer
                      il voit le coquillage
                      il lui sourit
                      il veut le prendre avec les mains
                      mais le coquillage s'enfuit
                      Et l'homme assis sur son lit
                      regarde le réveille-matin
                      avec ses oreilles il entend la sonnerie
                      il secoue la tête pour chasser le bruit
                      mais la sonnerie continue
                      L'homme se lève
                      il est tout nu
                      un homme comme les autres sauf qu'il est bossu
                      Il ouvre la fenêtre
                      il se penche
                      il enjambe
                      il se jette

                      Un homme à la mer
                      dit le concierge en balayant le corps

                      Drôle d'immeuble

                      Le facteur sonne à l'entresol
                      il tient une lettre à la main
                      la porte s'ouvre
                      un barbu passe la tête
                      la lettre s'envole
                      Qu'est-ce que c'est demande le barbu
                      Rien dit le facteur une lettre
                      les écrits s'envolent les paroles restent
                      Ah dit le barbu
                      il ferme la porte et se rendort
                      et sa petite barbe sur le drap
                      c'est comme un gros rat angora

                      Drôle d'immeuble

                      Au quatrième sur la cour
                      un enfant joue avec des allumettes
                      et il met le feu à son père
                      Un peu plus tard la mère arrive
                      Ça sent le caoutchouc grillé
                      qu'est-ce que tu as encore fait
                      C'est rien
                      les bretelles à papa
                      Où est-il ton père
                      Je ne sais pas maman je ne sais pas
                      La mère cherche
                      et l'enfant fait semblant de chercher
                      Brave petit cœur
                      Soudain la mère voit le cendrier plein
                      C'est fou ce que cet homme peut fumer
                      ça coûte cher et ça ne sert à rien
                      Elle prend le cendrier
                      et dans la cuisine l'enfant la suit
                      Cendrier vidé dans la poubelle
                      délicieuse petite aquarelle
                      liquidation du paternel
                      Paix à ses cendres dit l'enfant
                      il me battait
                      Qu'est-ce que tu dis
                      Je te demande si je peux descendre
                      Pour quoi faire
                      Pour voir si des fois papa n'est pas resté au bureau de tabac
                      Va dit la mère et l'enfant s'enfuit
                      Il glisse sur la rampe de l'escalier et sous le porche il disparaît

                      Drôle d'immeuble situé boulevard
                      Pasteur
                      C'est dans cet immeuble que pieusement
                      demeure le pasteur
                      Boulevard
                      Il paye régulièrement son loyer au troisième sur la rue et il élève des chiens enragés
                      Soudain on frappe il ouvre
                      et recommencent les hurlements

                      Drôle d'immeuble

                      C'est monsieur
                      Clapotis l'homme qui a eu des malheurs
                      Et il engueule le pasteur
                      Ernest de ton prénom
                      Pasteur de ta profession
                      pourquoi élèves-tu des chiens enragés
                      pourquoi la nuit veux-tu les forcer à prier
                      pourquoi leur parles-tu en latin
                      quand ils ont envie d'aboyer
                      Laisse-les tranquilles
                      fous-leur la paix
                      Et le pasteur veut s'expliquer
                      mais
                      Clapotis le voisin du dessus
                      regarde le pasteur en dessous
                      Et il crie
                      Ça va ça va je sais
                      je connais
                      il y en a qui élèvent des enfants
                      d'autres qui élèvent des poulets
                      ou des vaches
                      Moi j'élève la voix
                      et il recommence à gueuler

                      J'élève aussi des cochons dinde
                      Mais vous pouvez fouiller partout
                      partout
                      partout pasteur
                      puisque c'est votre métier
                      de fouiller dans les intérieurs
                      mais jamais vous ne les trouverez
                      je les élève avec du son
                      je gueule
                      plus je gueule plus ils grandissent
                      et quand ils sont grands ils s'en vont
                      à l'anglaise
                      comme la pomme
                      et des Indes quelquefois je reçois une carte

                      Carte postale
                      Cher papa
                      nous allons bien lettre suit
                      Signé
                      Cochon numéro deux
                      Cochon numéro trois

                      Mais la lettre ne suit pas
                      alors je grimpe sur la tour
                      et je gueule à l'ingratitude
                      et je miaule à la solitude
                      et plus je gueule plus ils se foutent de ma gueule
                      là-bas au
                      Bengale dans les
                      Indes
                      les sales petits cochons d'Inde

                      Mais on demande le pasteur pour un mariage
                      il s'excuse
                      se cure les oreilles prend son chapeau et s'en va
                      laissant là
                      le voisin du dessus
                      sang dessus dessous
                      et qui pleure

                      Drôle d'immeuble

                      C'est au quatrième qu'elle habite
                      la jolie petite
                      Marguerite

                      mais son mariage ne se fera pas
                      et lorsque le pasteur
                      le sourire aux lèvres
                      pénètre dans l'appartement
                      il se trouve en présence de la vraie pâleur de cire
                      dont il est question dans tant de romans
                      Comme des factionnaires devant leur guérite
                      le papa et la maman
                      sont plantés devant
                      Marguerite
                      et ils sont tout à fait blancs
                      et
                      Marguerite plus blanche encore
                      beroe dans la corbeille de mariée
                      un nouveau-né fraîchement mort

                      Drôle d'immeuble

                      L'homme qui s'est jeté par la fenêtre
                      en cherchant le bruit de la mer
                      C'était le père
                      enfin celui que la jeune fille aimait
                      On l'appelait
                      Lagardère
                      parce qu'il était bossu
                      De son métier il était jardinier
                      qu'on disait
                      mais entre ce qu'on dit et ce qu'on sait
                      il y a un monde

                      c'est dans ce monde que le bossu vivait
                      Et le soir d'orage
                      un vrai soir d'orage avec foudre
                      tombant sur l'église
                      et traversant le verre à bordeaux
                      sans brûler les doigts du bedeau
                      la foudre quoi l'orage
                      pas la goutte militaire
                      la foudre bref
                      le soir d'orage où
                      Marguerite vint
                      dans la chambre du bossu
                      quel beau soir vraiment
                      Chez le voisin du dessus parti on ne sait où depuis
                      longtemps il y avait un personnage tout noir
                      qui jouait du vas-y-voir
                      au fond d'une malle
                      dans les bas-fonds de l'appartement
                      Et le bossu reçut
                      Marguerite la nuit
                      comme on reçoit le jour une lettre d'amour
                      Il n'osait pas la décacheter
                      Cependant
                      tendrement sournoisement rageusement
                      quelqu'un sur le palier
                      sanglotant les épiait
                      et par la porte par mégarde encore entrebâillée
                      couvait
                      Marguerite des yeux
                      tout en la dévorant du regard
                      Quelqu'un c'était
                      Azor

                      le chien modèle
                      Azor
                      le modèle des chiens de la meute au pasteur
                      Le bi-bi le bi-en
                      le bien neu-neu
                      le bienheureux
                      Za-Zor
                      comme l'appelait le grand sermonneur
                      qui devant l'Éternel était aussi un grand bégayeur
                      et qui aimait à préciser
                      Le bienheureux
                      Azor
                      plus zu-zu
                      plus zu-main que le plus zu-zu
                      zumain des zumains
                      Il ne lui manque que
                      que la pa-pa
                      que la pa-role
                      di-di di-divine
                      bien entendu-du

                      Comment aurait-il pu savoir
                      le bienheureux pasteur
                      Boulevard
                      que le malencontreux et mal content
                      Azor
                      tout comme le bossu
                      portait
                      Marguerite dans son cceur
                      et ailleurs

                      Bref
                      les deux soupirants
                      chacun sur une chaise
                      échangeaient des idées
                      dans l'obscurité
                      Oh disait le bossu
                      si j'avais une théière
                      et des petites cuillères
                      je vous ferais du thé
                      Il tournait autour de la théière
                      sans oser aborder le
                      Grand
                      Sujet

                      mais il n'y avait pas de théière
                      la conversation languissait
                      Alors il se mit à lui raconter
                      l'histoire d'un très ancien arrière-arrière-grand-père
                      héréditaire petit bossu dans la rue
                      Quincampoix
                      Est-ce vrai qu'il va y avoir la guerre aimez-vous les cravates à pois
                      Moi j'ai peur des souris
                      Et moi j'ai peur des rats
                      Comme ça se trouve mon fiancé est barbu jamais je ne pourrai l'aimer c'est affreux une barbe
                      j'ai horreur des infirmités
                      Merci dit le bossu
                      Pourquoi
                      Pour rien
                      Et il se met à songer que malgré toutes les précautions
                      prises un jour elle saura
                      Toutes les précautions prises
                      Par exemple
                      se montrer toujours de face
                      donner de l'argent au concierge pour qu'il se taise et porter un grand pardessus raglan de coupe anglaise
                      Il souffre le bossu il voudrait lui dire
                      J'ai une bosse aime-moi quand même aime-moi autant aime-moi davantage
                      Mais toujours sur les images le
                      Cupidon est joufflu rarement bossu
                      Vous avez une belle voix dit
                      Marguerite surtout quand vous vous taisez et elle rapproche sa chaise
                      La chaise grince sa voix tremble le bossu chante et lui prend la main

                      Moi aussi
                      Marguerite j'ai horreur des infirmités comme on s'entend bien
                      Ils se touchent la main
                      et la foudre qui sans doute avait oublié quelque chose
                      la foudre revient
                      elle déshabille complètement
                      Marguerite
                      pauvre petite
                      et ne laisse au bossu qu'un lambeau d'étoffe
                      juste de quoi lui cacher la bosse
                      Et le bossu hurle à l'amour
                      et le malheureux
                      Azor à la mort
                      et le père
                      Clapotis court dans les corridors
                      une carte postale à la main
                      Cochon dinde quatre-vingt-six

                      Drôle d'immeuble

                      Soudain il voit
                      Azor
                      la gueule pleine d'écume
                      et de cris et de fleurs
                      et qui pleure
                      Et tout le malheur des pauvres chiens collés sous la
                      pluie pleure avec lui
                      Drôle d'immeuble que je vous dis
                      Drôle d'immeuble
                      Le mariage est manqué le pasteur perd sa journée
                      Mais la porte s'ouvre et c'est l'entrée du fiancé le barbu qui s'est fait beau il a des fleurs à la main mais elles sont beaucoup moins belles que celles du
                      chien
                      Il est protestant le barbu c'est pour ça que le pasteur devait faire l'affaire du mariage

                      Vous ici dit
                      Marguerite
                      n'avez-vous pas reçu ma lettre
                      Les écrits s'en vont les paroles restent
                      un jour vous m'avez dit
                      Je t'aime
                      dit le barbu avec un sourire fringant
                      Soudain il voit la mère le père le berceau et l'enfant
                      et sa barbe tremble
                      et ses mains sont moites
                      Dans ma lettre
                      je vous disais vos quatre vérités
                      la première et les trois autres
                      Regardez de tous vos yeux si vous en avez assez pour
                      voir regardez dit
                      Marguerite couché sur les petites ouillères en vermeil vautré sur les montres en or l'enfant mort
                      Ce n'est pas vous le père ni moi non plus puisque je suis sa mère alors n'en parlons plus je vous le donne c'est mon cadeau de noces
                      Mais la porte s'ouvre une fois de plus
                      Drôle d'immeuble
                      Le chien entre et d'un coup d'œil de chien il réalise la situation il laisse tomber ses fleurs sur le tapis et comprend que tout est fini
                      Il n'est pas seulement fou de rage ce bon chien de patronage
                      mais aussi d'amour de misère et de jalousie

                      Il bondit
                      et le voilà qui court autour de la pièce en hurlant
                      Il a un os dans la gueule
                      mais la viande de l'os gueule aussi
                      c'est la viande du barbu
                      Elle est attachée à l'os la viande du barbu
                      Il ne sait pas le nom de l'os
                      le barbu
                      mais il sait qu'il est à lui
                      l'os de sa jambe
                      de sa jambe à lui
                      Et l'os craque
                      et toute la viande
                      toute la tête du barbu craque avec lui
                      Et voilà que ça recommence
                      les cris

                      Drôle d'immeuble

                      Tiens-toi tranquille
                      Azor
                      dit le pasteur
                      tu vas faire pleurer
                      Notre-Seigneur

                      Mais
                      Notre-Seigneur pour
                      Azor

                      c'est un nom à coucher dehors
                      Pour moi aussi d'ailleurs
                      dit le facteur
                      qui entre en souriant
                      J'ai retrouvé la lettre
                      Il la tient à la main
                      et garde son képi sur la tête

                      Mais
                      Marguerite
                      sur la pointe des pieds s'est sauvée

                      Elle monte quatre à quatre l'escalier
                      elle entre dans la chambre
                      où vivait celui qui s'est tué
                      Et le réveille-matin
                      le réveille de son amant
                      lui sonne sa dernière heure tendrement
                      Elle se jette à son tour

                      Un coeur à la mer dit le concierge
                      et il balaie le corps
                      Soudain les hurlements redoublent
                      le pasteur arpente la cour
                      de ses longues jambes effilochées
                      aboyant à la lune au soleil aux étoiles et à l'obscurité

                      Décidément
                      dit le concierge
                      ils sont tous enragés

                      Drôle d'immeuble

                      et si ça continue je vais déménager.
                      Dernière modification par mo_hdf, 18 September 2015, 08h29.
                      "Toute la question du pouvoir, c'est de séparer les hommes de ce qu'ils peuvent. Il n'y a pas de pouvoir si les gens sont autonomes." [Pacôme Thiellement]

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                      • #26
                        Merci pour cette agréable lecture
                        Bonne soirée
                        Amitiés

                        Commentaire


                        • #27
                          le Toi de Nirina m'a fait pensé à ce poème de Prévert

                          Cet amour


                          Cet amour
                          Si violent
                          Si fragile
                          Si tendre
                          Si désespéré
                          Cet amour
                          Beau comme le jour
                          Et mauvais comme le temps
                          Quand le temps est mauvais
                          Cet amour si vrai
                          Cet amour si beau
                          Si heureux
                          Si joyeux
                          Et si dérisoire
                          Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
                          Et si sûr de lui
                          Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
                          Cet amour qui faisait peur aux autres
                          Qui les faisait parler
                          Qui les faisait blêmir
                          Cet amour guetté
                          Parce que nous le guettions
                          Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
                          Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
                          Cet amour tout entier
                          Si vivant encore
                          Et tout ensoleillé
                          C’est le tien
                          C’est le mien
                          Celui qui a été
                          Cette chose toujours nouvelle
                          Et qui n’a pas changé
                          Aussi vrai qu’une plante
                          Aussi tremblante qu’un oiseau
                          Aussi chaude aussi vivant que l’été
                          Nous pouvons tous les deux
                          Aller et revenir
                          Nous pouvons oublier
                          Et puis nous rendormir
                          Nous réveiller souffrir vieillir
                          Nous endormir encore
                          Rêver à la mort,
                          Nous éveiller sourire et rire
                          Et rajeunir
                          Notre amour reste là
                          Têtu comme une bourrique
                          Vivant comme le désir
                          Cruel comme la mémoire
                          Bête comme les regrets
                          Tendre comme le souvenir
                          Froid comme le marbre
                          Beau comme le jour
                          Fragile comme un enfant

                          Il nous regarde en souriant
                          Et il nous parle sans rien dire
                          Et moi je l’écoute en tremblant
                          Et je crie
                          Je crie pour toi
                          Je crie pour moi
                          Je te supplie
                          Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
                          Et qui se sont aimés
                          Oui je lui crie
                          Pour toi pour moi et pour tous les autres
                          Que je ne connais pas
                          Reste là
                          Là où tu es
                          Là où tu étais autrefois
                          Reste là
                          Ne bouge pas
                          Ne t’en va pas
                          Nous qui nous sommes aimés
                          Nous t’avons oublié
                          Toi ne nous oublie pas
                          Nous n’avions que toi sur la terre
                          Ne nous laisse pas devenir froids
                          Beaucoup plus loin toujours
                          Et n’importe où
                          Donne-nous signe de vie
                          Beaucoup plus tard au coin d’un bois
                          Dans la forêt de la mémoire
                          Surgis soudain
                          Tends-nous la main
                          Et sauve-nous.
                          ----
                          j'adore
                          "Toute la question du pouvoir, c'est de séparer les hommes de ce qu'ils peuvent. Il n'y a pas de pouvoir si les gens sont autonomes." [Pacôme Thiellement]

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